« 19 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 53-54], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11119, page consultée le 25 janvier 2026.
19 janvier [1842], mercredi 10 h. ¾ du matin
Bonjour mon toto bien-aimé, bonjour mon bon petit homme chéri, bonjour. Comment ça va ce matin ? Pourquoi n’es-tu pas venu ? Est-ce que tu crains d’attraper la rougeole sérieusement ? Mon pauvre petit bien-aimé, il n’y a aucun danger puisque tous tes enfants l’ont euea et que tu as résisté à la contagion, il n’y a pas de danger maintenant. D’ailleurs, il n’y a pas pour moi moyen de faire autrement que ce que je fais, mon adoré. C’est un devoir, un devoir que toutes les mères remplissent et dont je ne suis pas dispensée, à ce que je sache. Non seulement, je dois le faire par conscience et par affection maternelle, mais par enseignement pour apprendre à ma fille à faire le sien dans l’occasion. Mais d’ailleurs, tu sais tout cela mieux que moi et tu le pratiquesb mieux que moi. Il est donc bien inutile que je me donne le ridicule d’insister là-dessus. Tu n’auras pas la rougeole, mon amour, c’est moi qui te le dis et quant à moi, si je l’ai, j’en serai quitte pour quelques jours de tisanec forcée et de chaleur exagérée. En attendant, il ne faut pas d’avance se rendre la vie malheureuse par des craintes, peut-être peu fondées, et par des absences qui me font plus souffrir que la plus atroce maladie. Je n’ai pas encore vu ma péronnelle ce matin. Je sais qu’elle va bien, cela me suffit. Je vais me lever et voir tout ça. Je vais être forcée d’écrire un mot à Mme Devilliers de mon cru car je ne veux pas t’obséder et t’ennuyerd sans nécessité. Je n’aime pas assez cela. Baise-moi, mon Toto, et ne pousse pas la précaution jusqu’à la cruauté envers moi. Viens, je t’assure que tu n’auras pas la rougeole1 mais seulement des bons baisers bien chauds partout il y aura place pour en mettre. Je t’aime, mon Toto chéri !
Juliette
1 Claire Pradier, que sa mère a renvoyée trop tôt au pensionnat, y a attrapé la rougeole.
a « eu ».
b « pratique ».
c « tisanne ».
d « ennuier ».
« 19 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 55-56], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11119, page consultée le 25 janvier 2026.
19 janvier [1842], mercredi soir, 5 h.
La Clarinette va très bien, mon amour et ne
[farine ?] pas du tout, vous pouvez venir
en toute assurance. Moi-même je suis très bien portante, au bonheur près, mais s’il
faut dans de certains cas vivre avec son ennemie, il faut
encore plus souvent vivre sans son ami. C’est ce qui
m’arrive tous les jours depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre, ce qui ne m’empêche
pas de n’y être par habitude, au contraire. Enfin ce n’est pas faute de vous aimer,
de
vous désirer et de vous adorer, si je ne vous ai pas plus souvent, n’est-ce pas mon
amour ?
J’ai écrit à MmeDevilliers pour lui dire l’état florissant
de la péronnelle1. Maintenant, j’espère que nous
sommes à bout de correspondance. Pour ma part, j’en ai assez. Ouf ! J’ai eu la visite
de la sœur de Joséphine qui m’a apporté deux
oranges ! Enfin, je suis très comblée comme vous voyez,
mais venez donc, venez donc, mon toto chéri, ou je me donne
la rougeole. Je vous en préviens afin que vous n’en soyez pas surpris. En attendant,
je bisque et j’enrage. Mme Kraft n’a pas encore envoyé chercher son livre. Ma foi, tant pis pour
elle, si elle ne vient pas auparavant les autres. Les premiers arrivés seront les
premiers servis2.
Ce sera qui est-ce, hélas ! Vous qui ne venez jamais, vous êtes toujours le mieux
aimé, le seul aimé, le seul servi à genoux comme le bon Dieu
que vous n’êtes pas, car vous êtes le plus méchant des hommes. Baisez-moi vilain
monstre, et aimez-moi, je le veux ou je vous tue. Jour toto, papa est bien i. Ià ià en
rénivlant.
Juliette
1 Juliette désigne ainsi sa fille Claire.
2 Les amis de Juliette lui réclament des exemplaires du Rhin, dont une première partie vient de sortir.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
