« 27 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 253-254], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8389, page consultée le 26 janvier 2026.
27 décembre [1841], lundi soir, 5 h. ½
Baisez-moi, cher monstre, et ne vous opposez pas à ce que je fasse la barbe tous les
jours au sieur MÉNAGE. C’est de toute nécessité et vous-même, tout COCHON que vous
êtes, MONSEIGNEUR, vous ne vous accommoderiez pas longtemps d’un autre régime que
celui de propreté rigoureuse à laquelle je m’astreins envers et malgré vous.
Suzanne va partir tout à l’heure porter
votre paquet chez Plon1. Vous voyez qu’on n’aura pas perdu de temps
pour vous satisfaire. Je trouve moyen, avec une seule serventre et malgré l’impossibilité de sortir et de faire une partie de mes
affaires moi-même, je trouve moyen, dis-je, de faire faire les vôtres avec une seule
servarde haute comme votre botte et grosse
comme le poing. Rien ne m’est impossible quand il s’agit de vous.
Vous avez bien
fait de venir cette nuit, mon Toto, car j’étais très triste et très montée contre
vous. J’étais si découragée que je pensais au moyen d’en finir d’un seul coup avec
tout. Heureusement, vous êtes venu me calmer et me consoler. Vous êtes un ravissant
petit bien-aimé que j’ai le tort de trop aimer. Baisez-moi et taisez-vous.
Je
serais bien heureuse si vous veniez me faire sortir tantôt. Le temps est si beau et
c’est si bon de marcher à votre bras que vous devriez faire tous vos effortsa pour me donner ce bonheur-là ce soir.
Cependant, si vous ne pouvez pas, je ne serai pas fâchée. J’ai été trop heureuse cette
nuit pour être exigeante ce soir. Vous voyez que je me fais moi-même la part et que
je
ne la fais pas avec indiscrétion ? Baisez-moi alors.
Je n’ai plus que trois
jours pour ce que je sais bien : quel bonheur !!!!!!!!!!!!!!b Mais ce hideux Barbedienne manquera à l’appel. Je ne peux pas y penser
sans être furieuse contre cet horrible marchand de papier peint qui se permet de ne
pas me donner la chose qui, après vous, m’est la plus agréable. Que le diable le
Barbedienne. Si vous me faites sortir ce soir, je suis très femme à l’aller relancer
encore une fois en désespoir de cause, mais vous ne viendrez pas et j’en serai pour
ma
colère et mes désirs rentrés2. C’est égal,
je vous aime. Baisez-moi bien fort.
Juliette
1 Il s’agit de l’imprimerie Béthune et Plon, chargée de tirer les deux volumes du Rhin que Hugo vient de terminer et qui doivent paraître début 1842. Le paquet contient probablement les toutes dernières épreuves de la Préface.
2 Juliette a fait fondre par Ferdinand Barbedienne un buste de Hugo qu’elle a enfin reçu le 29 novembre. Cependant, elle attend aussi de lui un médaillon contenant le portrait de son amant, mais le 20 novembre, elle redoutait qu’il ne fasse banqueroute. Depuis, elle demande donc instamment à Hugo de la mener à la fonderie.
a « effort ».
b Les points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
