« 9 novembre 1841 » [source : Collection particulière (vente ebay août 2018)], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8025, page consultée le 24 janvier 2026.
9 novembre 1841, 11 h. ¾
Bonjour mon cher bijou d’homme. Bonjour toi, bonjour vous. Comment trouvez-vous
votre portrait ? Frappant, n’est-ce pas ? Eh bien je vous assure que vous aurez des
giffes à indiscrétion si vous continuez ce
système d’agaceries mirobolantes à toutes les femelles de Paris. Prenez garde surtout
au gilet blanc.
Songez que je ne vous perds pas de vue.
Je vous écris de
mon lit parce qu’il fait trop froid pour rester assise sans feu et j’ai besoin
d’économiser mon bois ou plutôt ma bûche fendue en quatre. En attendant mon déjeuner
je vais commencer à copier et puis je finirai ce soir. Ia ia monsire matame il fait un froid de chien. Vous êtes joliment revenu
encore, vous. Il n’y a que les jours de blanchisseuse qui vous attirent. Tout le reste
de la semaine vous vous donnez bien de garde de faire une seule apparition NOCTURNO
MATINALE comme on dit à l’Académie. Je ne suis pas trop votre dupe et rien ne
m’échappe comme vous voyez ; taisez-vous, abominable homme, taisez-vous et embrassez
moi, ça vaudra bien mieux. Je n’ai plus qu’un mois et 21 jours c’est encore bien long
mais ça se tire peu à peu. Enfin dans un mois et 21 jours je serai en possession de
ma
chère petite boîte à volets. En attendant pourquoi ne faites-vous pas prendre votre
malle et votre tapis puisqu’ils sont prêts. Baisez-moi, scélérat et regardez-vous
quand vous faites le gentil. Vous êtes bien drôle, n’est-ce pas, et bien RIDICULE.
Je
vous conseille d’abandonner ce genrea qui me va si mal et vous sied si peu.
a « ce ce genre ».
« 9 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 101-102], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8025, page consultée le 24 janvier 2026.
9 novembre [1841], mardi soir, 6 h. ¼
Je voudrais bien savoir où vous alliez, frisé et barbifié comme un chérubin tantôt ?
Pour un homme occupé de travail comme vous l’êtes, vous me paraissez bien
préoccupéa de votre FARIMOUSSE et de votre toilette1. Tout cela n’est rien moins que naturel et je crois que je peux faire
jouer mes griffes à coup sûr. Aussi ferai-je ce soir.
En vous attendant, je vais
copier à mort. Je ne veux pas que Mamzelle
Didine mette quoi que ce soit dans mon OUVRAGE ou je vous fiche double
roulée. Vous entendez ça, je ne le veux pas, je ne le veux pas sous aucun prétexte,
quand je devrais crever2. Ia ia monsire matame, il est son
sarme.
Je n’ai plus qu’un mois vingt et trois quarts de jours pour…..
etc3. Dis donc, tu sais que je n’ai pas voulu le dire à Claire pour lui en laisser la surprise ? Comme c’est
délicat de ma part, hein ? Il n’y a que moi pour avoir de ces raffinementsb-là.
À propos je veux, j’exige
que vous me conduisiez ce soir chez Barbedienne. Je le veux, absolument, impétueusement et impérieusement,
ainsi préparez-vous à cette démarche ambitieuse ce soir même ou préparez-vous à la
mort4. Je viens d’écrire à Eulalie afin qu’elle tienne le paletot noir tout prêt à emporter quand
Suzanne ira le chercher demain ou après.
Vous voyez qu’on fait tout ce que vous voulez. C’est un bon exemple que je vous donne
et que vous devriez bien suivre envers moi, je ne me ferais pas tant DE MAUVAIS SANG.
Baise-moi, monstre, et SOURIS-MOI.
Juliette
1 Juliette déplore le soin inusité que Hugo apporte à ses tenues vestimentaires, consécutif à son élection à l’Académie française : voir la lettre du 26 décembre 1841.
2 Juliette a l’habitude de recopier les œuvres de Hugo et elle est, dans cette tâche, souvent en concurrence avec Léopoldine Hugo.
3 Juliette parle d’une petite boîte à tiroirs qu’elle réclame depuis le début de l’année, et que Hugo a promis de lui offrir pour le nouvel an. Cela fait quelque temps qu’elle fait ainsi le décompte des jours qui la séparent encore de ce cadeau tant attendu qu’elle recevra finalement en avance le 19 novembre.
4 Juliette fait fondre par Ferdinand Barbedienne (industriel français connu pour sa fonderie de bronze de reproduction d’art), un buste de Hugo qu’elle recevra enfin le 29 novembre. Dans sa transcription d’une lettre de novembre 1841, Jean-Marc Hovasse émet l’hypothèse qu’« il s’agit très vraisemblablement d’un buste en bronze, lauré ou non, par David d’Angers, fondu par F. Barbedienne. Certains laurés sont datés de 1842, d’autres, sans laurier, sont sans date ».
a « préocupé ».
b « rafinements ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
