« 20 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 276-277], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11091, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, dimanche matin [20 septembre 1835], 8 h.
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon Toto chéri. Il fait bien mauvais temps.
J’espère pourtant qu’il me permettra d’aller à votre rencontre tantôt quoique vous
ayez l’air de peu vous en soucier. Mais comme je m’en soucie beaucoup, moi, j’irai
donc, à moins d’empêchements délugiens.
J’ai écrit toutes mes lettres hier au
soir. Je vais envoyer celle de Lanvin à la
poste ce matin. Quant aux autres, tu les verras : je me suis couchée hier aussitôt
après avoir fini mes lettres parce que, comme je te l’ai écrit, j’étais un peu
fatiguée et je souffrais de la tête. De plus, ma bonne qui se plaignait depuis
quelques jours d’étouffements avait été hier en consultation chez les sœurs de Jouy
qui lui ont donnéa une médecine
qu’elle a prise ce matin et dont elle est fort malade à l’heure qu’il est. Moi, qui
n’ai pas pris de médecine mais qui ai passéb une nuit fort agitée par des coliques, je suis encore toute
grimaude ce matin, mais je sens que je vais me dompter tout à l’heure, et que je serai
fraîche, dispose et ravissante au physiquec et au moral quand vous viendrez me voir.
Mon cher petit
bonhomme, j’ai bien pensé à vous, je vous ai bien aimé, je vous ai bien lud, mon espiègle, et j’ai bien ri de la
terreur de Maître Andry Musniere et Damoiselle
Oudarde1.
Je vous aime, je vous baise sur vos belles dents et
[sur ?] vos pauvres yeux.
Juliette
1 Maître Andry Musnier, libraire, et sa femme Damoiselle Oudarde Musnier, sont des personnages de Notre-Dame de Paris (1831).
a « données ».
b « a passée ».
c « phisique ».
d « lue ».
e « Maître Andri Musnier ».
« 20 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 278-279], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11091, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, dimanche soir [20 septembre 1835], 8 h.
Mon Victor bien-aimé, ne vois jamais dans ce que je te dis, quelle quea soit la rudesse de mon langage, que
l’expression d’un amour effréné et sans borne.
Mon cher bien-aimé, j’ai cru voir
que tu avais de la tristesse et de la préoccupation tantôt à mon sujet. C’est ce qui
m’a fait te demander à plusieurs reprises ce que tu avais, quoique je fusseb sûre intérieurement que tu n’avais
aucune raison pour être triste ou inquiet. Pardonne-moi si je t’ai tourmentéc à force de sollicitude et
rappelle-toid que le mieux est
presque toujours l’ennemi du bien.
Je suis revenue tantôt par la prairie parce
qu’il faisait grand jour et que le chemin me paraissait fort bon ?. Je ne m’étais
pas
trompée. J’y ai cueillie à ton intention une grosse
margueritef1 que j’ai tenue
constamment à ma bouche et que je te donne pour en faire ce que tu voudras. Je suis
rentrée chez moi à 6 h. 20 m. Il n’était pas encore nuit. Je suis rentrée avec l’amour
dans le cœur, avec le désir et l’espoir de te voir bientôt. Tu me l’as promis et je
t’aime tant.
Mon amour, mon Victor, viens, viens, viens à l’heure, à la minute
où tu voudras. Tu seras toujoursg attendu et désiré, je t’aime, ma vie, mon amour, mon Victor.
1 La fleur est jointe à la lettre.
a « quelque ».
b « fusses ».
c « tourmentée ».
d « rappele-toi ».
e « ceuillie ».
f « marguerritte ».
g « tu seras seras toujours ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
