« 6 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 119-120], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4308, page consultée le 24 janvier 2026.
6 août [1841], vendredi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour chéri. Comment vas-tu mon bon petit homme chéri ? Quand m’apporteras-tu donc de la copie ? J’attends après et je suis très impatiente de savoir la fin de mon pauvre Pécopin et de ma belle Bauldour1. Tâchez donc de vous dépêcher un peu. Voilà le temps encore gâté et mon pauvre Toto vexé. Mon pauvre petit ver à soie, que veux-tu que j’y fasse, c’est pas de ma faute. Si tu m’avais apporté DES GRAINES et des coquillages2 et LA BOÎTE À VOLETS3, tout cela n’aurait pas lieu et vous auriez le plus beau temps du monde. Vous n’avez en somme que ce que vous méritez, tant pire c’est bien fait. Baisez-moi, méchant homme, et venez bien vite vous faire assommer de baisers et de caresses, je vous donnerai un bel aillet par-dessus le marché4. Mes fleurs sont ravissantes, pas une ne meurt, elles sont toutes vives et bien portantes. C’est charmant. Merci, mon Toto, c’est à toi que je dois ce petit plaisir, merci du fond du cœur. Tout ce que j’ai de joie, de bonheur et d’extase, c’est toi qui me le donnes. Merci, mon adoré, sois béni dans tout ce que tu aimes. Je voudrais te tenir dans ce moment-ci, je baiserais tes belles mains et tes chers petits pieds. Je t’aime.
Juliette
1 Hugo est en pleine rédaction de la lettre XXI du Rhin, « Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour ».
2 Le jeudi précédent, Juliette a annoncé qu’elle avait une nouvelle poupée qu’elle allait offrir à Adèle Hugo pour compléter sa collection, baptisée Gobéa comme la plante grimpante. Et la veille, elle a passé sa journée à préparer une facture « microscopique », manifestement demandée et inventée par Hugo, faite de petits morceaux de papiers gribouillés assemblés. En échange de cette corvée, Juliette a demandé « des graines, des oiseaux et des coquillages » pour entretenir et agrémenter son petit jardin dans lequel elle cultive des plantes et des fleurs.
3 Juliette réclame cet objet depuis le début de l’année.
4 Hugo en demande depuis quelques jours mais Juliette avait oublié de lui en donner.
« 6 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 121-122], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4308, page consultée le 24 janvier 2026.
6 août [1841], vendredi après-midi, 2 h. ½
Pourquoi donc vous êtes-vous en alléa si vite, mon Toto ? Pourquoi n’avez-vous pas voulu de mon aillet
aujourd’hui ? Et pourquoi en vouliez-vous tous ces jours passés ?
J’ai bien envie de croire que vous me trahissez, il me faut
beaucoup moins que ça pour mebmettre
martel en tête. Et puis cette copie que vous ne m’apportez pas, tout cela me paraît
louche. En attendant que j’aie de plus amples et de plus certaines informations, je
vous ficherai des giffes et je TUMÉFIERAI votre
nez. Ia ia monsire Dodo, Chichi vous vlanguera tes galodes zur fodre CHOLI NEZ1. Baisez-moi, affreux
monstre, et ne me laissez pas vous attendre trop longtemps à CHESSES
Je vais reprendre l’aiguille puisque vous ne voulez pas faire usage de MA PLUME
mais vous seriez le plus charmant des Toto si vous vouliez m’apporter à copire bien vite. Tâchez aussi de me faire un peu
sortir ce soir, j’ai un peu mal à la tête et je sens que l’air me ferait du bien.
Une
petite culotte ne me ferait pas de mal non plus,
mais… ça les use les betites guilottes, on ne beut bas en tonner dous les drois mois
gomme za, c’est pien asez ine dous les drois ans, ia ia panzelle Chichi. Aussi je
rengaine mon envie le plus que je peux et j’attends.
Je vous aime Toto, je vous
adore mon petit homme.
Juliette
1 Juliette imite l’accent allemand.
a « allez ».
b « me me ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
