« 27 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 293-294], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7797, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juin [1841], dimanche matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour, je vous aime. Vous m’avez donné un joli bracelet1 mais je ne suis pas heureuse parce que vous n’êtes pas venu ce matin. Il m’est arrivé en outre un très gros malheur : le petit singe chinois qui tenait mal debout est tombé sur le plateau de porcelaine et s’est cassé le coua2. J’aurais mieux aimé casserb toutes les porcelaines de Mme Pierceau, de la mère Triger3 et de Fifine4 que de casser mon pauvre petit singe qui était si drôlatique. Je sais bien que j’ai mon bracelet turc mais j’aurais voulu pour tout au monde garder mon petit singe chinois. Enfin le bon Dieu sait ce qu’il fait mais moi je le trouve absurde de m’ôter d’une main ce qu’il me donne de l’autre. Ce que je dis du bon Dieu je le dis aussi de vous qui avez la féroce habitude de me donner une heure de bonheurc pour m’en ôter plusieurs le lendemain. Vous êtes un monstre. Baisez-moi, je vous aime mais je ne suis pas une femme abysinienne ni une femelle turque, je vous en préviens5.
Juliette
1 Hugo a offert la veille à Juliette un petit bracelet turc qu’il lui promettait depuis quelques jours.
2 Hugo éprouve un intérêt tout particulier pour la Chine et c’est la raison pour laquelle il donne fréquemment à Juliette de petits objets chinois.
3 Le dimanche 23 mai, Mme Triger a apporté à Juliette « deux tasses à déjeuner et 3 petites à prendre le café en porcelaine », qu’elle a trouvées « très gentilles, du moins les trois petites tasses ».
4 Pourrait-il s’agir de sa voisine Joséphine ?
5 Voir la lettre du jeudi 8 juillet après-midi : « Nous ne sommes pas en Orient et vous ne m’avez pas achetée, grâce au ciel. Je suis libre de me soustraire à des procédés qui ne sont ni justes ni honnêtes ni affectueux ».
a « cous ».
b « cassé ».
c « bonne heure ».
« 27 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 295-296], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7797, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juin [1841], dimanche après-midi, 3 h.
Le temps est toujours bien sombre, mon adoré, et moi toujours bien triste de ton
absence. C’est une Saint-Médarda qui dure pour moi depuis un
bout de l’année jusqu’à l’autre sans espoir de la voir finir bientôt1. J’ai reçu une lettre de Mme Pierceau qui m’annonce
probablement qu’elle ne viendra pas. Il ne faut pas être bien sorcière pour deviner
cela. Mme Triger
est, je crois, fâchée depuis ta réception, elle n’a pas donné dans l’histoire de la
rencontre et des billets de Demousseauxb, de sorte que je la crois cartonnée2. Ainsi, si Joséphine ne vient pas je serai toute seule toute la
soirée3.
J’ai reçu une lettre de Claire ce matin qui me prie de l’envoyer chercher
mercredi soir et puis voilà toutes les nouvelles extérieures4. Quantc aux nouvelles intérieures il faudrait tout le papier,
toute l’encre, tous les crayons et toutes les plumes de l’univers pour vous écrire
la
première partie. Je vous en donne seulement ce petit extrait dont vous ferez ce que
vous voudrez : – Toto, je t’aime de tout mon cœur et de toute mon âme.
Juliette
1 On fête Médard de Noyon ou saint Médard, évêque picard du VIe siècle, le 8 juin, mais, selon la légende, son nom est associé à de nombreuses expressions faisant référence à la pluie comme : « Quand il pleut pour la Saint Médard, il pleut quarante jours plus tard ». Juliette en parle quasiment tous les ans à la même date en associant la noirceur du temps à son état psychologique.
2 Hugo a été élu à l’Académie française le 7 janvier et sa cérémonie de réception qui s’est déroulée le 3 juin était publique. Il s’est ainsi vu assailli de demandes d’amis et de connaissances pour y assister et malheureusement, le nombre de places attribuées à un récipiendaire sont toujours limitées. De ce fait, M. Desmousseaux et Mme Pierceau ont eu une invitation pour les remercier d’un service, ce que Juliette avait néanmoins considéré comme une « imprudence », et pas Mme Triger.
3 En général, le dimanche soir, quelques amies de Juliette Drouet viennent dîner chez elle. Il s’agit surtout de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot et de Mme Pierceau.
4 Claire est pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé depuis 1836 et elle vient en général passer les fins de semaine chez sa mère. Ce sont principalement les Lanvin qui vont la chercher et qui la ramènent.
a « Saint-Médar ».
b « Démousseaux ».
c « Démousseaux ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
