« 9 août 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 83-84], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9276, page consultée le 24 janvier 2026.
9 août [1840], dimanche après-midi, 3 h. ¾
Votre tisanea est faite, mon cher petit bien-aimé, vous seriez bien gentil de venir vous baigner les yeux et recevoir mes baisers dont je ne sais que faire et qui me chargent les lèvres. Je vous aime Toto. Je vous demande pardon de ma grossièreté mais c’est qu’en vérité vous me tourmentez plus que de raison et d’une manière sourde et froide qui me fait plus de mal que la jalousie stupide et effrénée. Mais tenez-vous le pour dit : je vous aime, je suis honnête et fidèle autant que si vous pouviez voir mon âme et tout ce qui s’y passe de plus caché. Toto je t’aime, je regrette vraiment que nous ne nous soyons pas mis en mesure d’avoir une lettre de Boutigni1 à montrer à Mme Krafft. Nous lui avons dit tant de fois qu’elle aurait ses livres que maintenant quoique ce soit la vraie vérité je n’ose plus le lui redire. Il faudra cependant que je lui écrive quelque chose demain. Baisez-moi vieux bête : - 581 f. 90 c. c’est bien triminel et le fils du portier qui se permet d’avoir des accointances avec son auguste père, voime, voime fort triminel. Taisez-vous, vous n’avez pas la parole, vous êtes trop bête. Je le dirai à la mère Pierceau si elle vient, ça nous amusera. Je vous défends d’être jamais absent ou bien j’irai de mon côté dans la diligence, par complaisance et sans faire réclamer votre indulgence. Vous devriez me dire quand nous partons2 à peu près pour que je fasse mes préparatifs. Nous sommes toujours trop étranglés au moment du départ, nous devrions cette fois prendre notre temps et nos dimensions à notre aise puisque nous le pouvons. En attendant je te prie de ne pas me laisser trop seule et trop enfermée parce que cela fait mal à ma santé et à mon bonheur et puis je t’aime mon Toto, de tout mon cœur et de toute mon âme.
Juliette
1 Boutigni ou Boutigny : nom d’un « hideux relieur » déjà cité dans l’une des lettres du 31 décembre 1838.
2 Le voyage aura lieu du 29 août au 1er novembre.
a « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
