5 novembre 1839

« 5 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 15-16], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10323, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto chéri. Tu n’es pas revenu, mon pauvre adoré, et je devine bien pourquoi. Tu as travaillé toute la nuit. Ainsi travail le jour, travail la nuit, tu n’as pas un moment de repos et moi pas un de sécurité, car chaque fois que ma pensée se reporte sur toi je tremble que tu ne tombes malade. Ce n’est pas pour parler [que] je te dis cela, mon adoré, mais parce c’est ma préoccupationa et ma crainte de tous les jours et de toutes les nuits. Avec ça que vous avez eu la paresse de ne pas vouloir mettre vos petites bauttes hier. J’aurais dû l’exiger mais soyez tranquille, si vous venez tout à l’heure je vous les mettrai de force. La bonne arrive de chez MmesTriger et Pierceau. La pauvre mère Pierceau est triste et souffrante et désire que j’aille la voir. Si tu peux nous y conduire, je ne demande pas mieux. J’ai payé la bonne tout à l’heure, demain ce sera Gérard qu’il faudra que je paie. Je ne sais pas comment je fais, je dépense un argent fou et cependant je ne m’achète aucune futilité que les femmes ont coutume de se [donner ?] et je fais attention autant que je peux à toute ma maison. Cependant ce qui se dépense d’argent chez moi est vraiment effrayant. Je voudrais que tu emportasses la boîte, cela te ferait un soulagement et à moi aussi car je souffre de cet état de chose beaucoup plus que je n’ose te le montrer. D’ailleurs je n’en ai pas le moindre besoin, elle n’est pas jolie, ainsi il n’y a aucun mérite ni aucun sacrifice de ma part mais il y [a aura ?] de la confiance et de la bonté de la tienne. Donne ta petite main, mon adoré. Pense que je t’aime, mon chéri. Aime-moi et aidons-nous, c’est-à-dire laisse-moi faire la mouche du coche autour de ce lourd chariot auquel tu es attaché. Je t’adore, mon Toto.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « préocupation ».


« 5 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 17-18], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10323, page consultée le 25 janvier 2026.

Pas encore venu, mon adoré, et moi qui ai tant besoin de vous voir. Pourvu que vous n’ayez pas été vous promener de ce temps-ci avec vos BAUTTES à jour. Je suis très tourmentée et très impatiente de vous voir. Je voudrais savoir si on donne Marion aussi ce soir, non pas que j’espère y aller mais pour vous surveiller et vous prier de ne pas vous diriger de ce côté-là. Je vous aime, baisez-moi. Je regrette de ne vous avoir pas forcé à mettre vos bottes neuves cette nuit au risque de vous forcer en même temps à mettre votre pauvre vieille Juju que vous laissez trop souvent accrochée autre part qu’à un clou, ce qui lui fait prendre de mauvais plisa. Vous êtes un vieux bêtab si vous ne comprenez pas le sens de cette parabole non tirée de l’Évangile.
J’ai eu MmeLaporte la couturière tantôt, elle m’a essayé ma robe qui ira bien je l’espère. Quantc à l’étoffe, elle regrette que je n’aie pas eu l’idée d’en apporter trois ou quatred qu’elle m’auraittrès bien placée à vingt ou trente sous par aune de bénéfice. Elle prétend que la soierie est hors de prix ici et que ma levantine est maNIfique. Moi je suis très contente de l’avoir sans autre bénéfice que celui d’avoir une bonne et belle robe dont j’aurai très soin. Merci Toto, merci, mon adoré. Je t’aime… tu es bon comme le Bon Dieu. Je veux que tu me le prouvese encore ce soir en mettant tes bottes comme un lion. En attendant, viens le plus vite possible, je suis très pressée de te voir et de te baiser. Soirpa. Soir Man. Tout le monde ici vous adore, y compris Suzanne qui est amoureuse de vous. Moi je vous aime comme jamais on n’a aimé depuis la création.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « pli ».

b « bêtat ».

c « Quand ».

d « quatres ».

e « prouve ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.