« 15 septembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 168-169], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7364, page consultée le 25 janvier 2026.
15 septembre [1837], vendredi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon cher petit homme adoré. Aime-moi car je t’aime de tout mon cœur, moi.
Je
suis triste ce matin, je n’en donne pas d’autre explication. Si tu m’aimes, tu sauras
bien pourquoi. Il fait un temps affreux et j’en suis bien aise. Je trouverais encore
plus malheureux le soleil reluisant et poudroyanta dans
une chambre veuve de vous.
Je vais prendre un bain ce matin. J’en ai besoin pour
toutes sortes de raisons. Après je travaillerai à me faire une chemise de flanelle
et
puis je penserai à vous et je vous désirerai comme à l’ordinaire de toutes mes forces
et en vous aimant de toute mon âme. Ce serait bien heureux et bien gentil si tu
pouvais venir dîner avec moi ce soir et coucher cette nuit. Malheureusement, je n’en
espère pas un seul de ces bonheurs. Je sais trop que tu es en famille, heureux et
oublieux. Je ne t’en veux pas, seulement je suis triste. Pauvre voyage, cher bonheur,
vous n’avez pas duré longtemps, pas assez pour la vieille Juju qui s’habituait trop
bien à cette vie nomade. Enfin… J’ai remis en place ton soi-disantb portrait et quoiqu’il ne soit pas
très ressemblant je l’aime d’avoir été fait d’après toi. Mais j’aime encore mieux
l’original qui remue toujours et qui irait dans deux bateaux à
vapeur à la fois s’il y en avait deux, qui est d’une lenteur absurde et qui… etc.
Je
l’aime, je l’aime et je l’aime. Je le voudrais là pour le baiser sur ses deux joues
rouges et sur sa petite bouche rose avec mes grosses
lèvres noires. Je l’aime qu’on vous dit.
Juliette
a « poudroiant ».
b « soit-disant ».
« 15 septembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 170-171], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7364, page consultée le 25 janvier 2026.
15 septembre [1837], vendredi soir, 7 h. ¼
Si je pense à vous mon cher petit homme ? Je crois bien que j’y pense et avec amour
encore et en vous désirant de toutes mes forces. Je relisais tout à l’heure les deux
dernières petites lettres de la veille de notre départ. J’y ai respiré un air de
bonheur et de gaieté que j’aurais bien de la peine à retrouver à présent que je vais
être si souvent et si longtemps seule. Maintenant quand vous voudrez que je sois très
geaie et très heureuse, vous viendrez déjeuner,
dîner et COUCHER avec moi. Alors je pousserai mon QUEL BONHEUR !!!!!! Hors cela je
serai très triste et très mouzon parce que je
trouve la vie très bête sans vous. C’est pas ma faute. Je viens de m’apercevoir que
j’avais fait une énorme bêtise. Nous avions une reconnaissance pour après-demain,
17 septembre, mais comme le 17 est un dimanche, il aurait
fallu la renouvelera demain 16.
Je n’ai pas le temps d’en prévenir Mme Lanvin. Il est donc probable que nous paierons un
mois pour un jour. Heureusement que la somme n’est pas trop grosse, 35 F. Mais c’est
égal, je suis une vieille bête et si je ne vous aimais pas tant je mériterais d’être
guillotinée dans les 24 heures.
Vous m’avez presque promis de venir dîner ce soir
mon cher petit homme, mais comme je n’ai pas oublié mon ancien métier, je ne vous
attends pas au moins pour souper. Il est possible que j’aie la faiblesse d’espérer
vous voir au moins un tout petit peu cette nuit. De quoi ne suis-je pas capable,
hein ? Je vous aime mon cher petit O. Je t’aime,
je t’aime, tu sais, comme autrefois, je t’aime, tu sais bien, avec les yeux doux,
le
sourire des lèvres qui laisse voir l’âme, et bien je t’aime comme cela et bien plus
encore.
Juliette
a « renouveller ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
