« 16 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 61-62], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11335, page consultée le 25 janvier 2026.
16 janvier [1837], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour vilain Toto qui venez manger mon souper sans me le payer.
Je viens d’avoir la visite de M. de Barthès qui part aujourd’hui pour Saumur1. Il est resté quelques minutes avec moi, ce dont je suis fort
aise car je n’étais pas disposée à lui donner à déjeuner. Ce matin, mes douleurs
d’entrailles sont encore plus fortes qu’hier. Cette nuit je n’ai éteint ma lampe qu’à
3 h. ½, le reste j’ai fort mal dormi. Enfin je suis une vraie ganache pour le quart
d’heure. Il ne tiendrait qu’à vous de me guérir, mais vous ne le voulez pas, j’en
suis
réduite pour tout potage à quelques [douches ?]ascendantes. Y a pas beaucoup de dessert.
Je ris pour
ne pas pleurer comme on dit dans mon pays2, mais au fond je n’en ai guère sujet ni envie. Je
souffre, je suis triste et mécontente.
Je vous aime malgré tout, de toute mon
âme, et vous le savez bien car vous ne vous conduiriez pas avec cette insouciance
si
vous n’étiez que trop sûr de moi.
Je vous pardonne tous vos crimes et je reste
vous aime de toutes mes forces. Je vous baise en désir et en pensée.
Juliette
1 Claire Pradier, fille de Juliette, est désormais en pension à Saint-Mandé, depuis le printemps 1836. Fin janvier 1836, elle était revenue de Saumur où elle était gardée par Mlle Watteville, dont M. de Barthès est proche.
2 Juliette est née à Fougères, en Bretagne.
« 16 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 63-64], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11335, page consultée le 25 janvier 2026.
16 janvier [1837], lundi soir, 4 h.
Je t’aime mon cher petit To. Je voudrais bien
que tu viennes encore souper avec moi ce soir au risque de n’avoir rien du tout à
manger, ce qui arriverait infailliblement si tu avais l’heureuse inspiration de le
faire. Mais ça m’est égal, je t’aurais mon gros poulet et
mon amour servirait de feu pour vous faire rôtir. Ça ne vous
tente pas peut-être, hein ? Et bien moi rien que d’ya penser le jus m’en vient sur les lèvres.
Je me suis levée
cahin caha. Parce qu’en restant au lit je me soulageais un peu les reins mais je me
donnais beaucoup mal à la tête, j’ai choisi entre ces deux maux le pire et je me suis
levée. Il fait bien beau, c’est par du temps comme celui-ci que vous devriez venir
me
chercher pour marcher et non par les jours de déluge, mais vous êtes mon seigneur
et
maître je ne suis que votre très humble VA SALE comme un peigne et je n’ai pas le
droit de vous adresser des reproches mais j’ai celui de vous aimer, de vous adorer
et
de brosser vos habits dont je m’honore et ME RESPECTE avec lequel j’ai celui d’être
votre vieille Juju éclopée pour la vie ET CORNIPEDUM...1 je baise vos extrémités inférieures et
autres. J’espère que vous n’avez pas le front d’avoir mal à la gorge. C’est bon pour
une femme ce bijou-là.
1 Citation tronquée de l’Énéide de Virgile que Juliette utilise pour exprimer la colère, l’ardeur ou la fougue. « Demens ! qui nimbos et non imitabile fulmen / Ære et cornipedum pulsu simularat equorum. » (« Insensé qui, du ciel prétendu souverain, Par le bruit de son char et de son pont d’airain, / Du tonnerre imitait le bruit inimitable !) (traduction de l’abbé Delille).
a « dis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
