« 26 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 262-263], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9719, page consultée le 25 janvier 2026.
26 décembre [1835], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon chéri, bonjour, mon Toto adoré. Je suis levée depuis 9 h. mais j’ai
déjà bien fait des choses depuis ce temps-là. La petite Lanvin1
n’est pas encore arrivée. J’espère qu’elle ne tardera pas.
Mais que je t’aime
mon Victor, que je te trouve beau de toutes les beautés, quelle belle figure et quelle
belle âme. Je n’ai pas un petit coin de moi, pas une parcelle de mon être qui ne soit
épris de toi jusqu’au délire. Je te dis cela comme je peux. L’amour, quoi qu’on en
dise, ne donne pas d’esprit à ceux qui n’en ont pas. Bien loin de là. Du moins, j’ai
la fatuité de croire que si je t’aimais moins, je serais beaucoup plus forte en style
et plus fertilea en choses
d’esprit. Mais mon amour m’absorbe. Je ne sais dire que cela. Et le disant si souvent
et à toutes sauces, il est impossible que je ne le dise pas mal.
Mais ça m’est
égal. Je n’ai pas le moindre amour propre. Je t’aime. Je ne connais que ça.
Viendras-tu bientôt ? Penseras-tu à moi ? Me plaindras-tu si tu es forcé de ne venir
que tard ? Oh ! oui, n’est-ce pas, car tu m’aimes un peu, car tu sens bien que tu
me
donnes la vie et le bonheur et cela doit t’intéresser à la pauvre Juju.
Il fait
un bien beau temps de geléeb. Si tu
venais, nous pourrions en profiter.
Je t’aime.
Juliette
1 M. et Mme Lanvin avaient deux enfants : un garçon, Bernard-Constant, et une fille, Augustine-Marie-Elisa.
a « fertiles ».
b « gelé ».
« 26 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 264-265], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9719, page consultée le 25 janvier 2026.
26 décembre [1835], samedi soir, 9 h. ½
Mon cher petit homme, je t’écris un peu tard parce qu’il m’a fallu faire la soupe
en
rentrant pour cette pauvre petite fille car pour moi, je n’avais pas la moindre
faim.
Vous parlez quelquefoisa d’injustices de ma part, mon cher petit bien-aimé, et cela dans le
moment où vous êtes le plus injuste et le plus ingrat envers moi. Vous me disiez rue Saint-Lazareb que je vous aimais moins
qu’autrefois. Convenez que le temps et le lieu étaient mal choisisc pour me faire ce reproche.
Je vous aime, mon amour. Je vous aime plus que jamais femme ni homme n’a aimé.
Je vous aime de toutes les forces de mon âme, mon Victor chéri. Pour vous voir
quelques minutes de plus, je passe des heures entières à vous attendre, exposée au
froid sans me plaindre. Au contraire.
Mon cher petit Toto, ne dites jamais que
je ne vous aime pas ou que je vous aime moins parce que c’est si contraire à
l’évidence que je crois alors que ce sont vos propres sentiments que vous traduisez
ainsi.
Mon amour, mon Victor, mon bien-aimé, mon jeune homme et bientôt mon
immortel. Je vous adore.
Juliette
a « quelques fois ».
b « St Lazarre ».
c « était mal choisi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
