« 14 avril 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 301-302], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8542, page consultée le 26 janvier 2026.
Bruxelles, 14 avril 1852, mercredi après-midi, 1 h.
Quelle bonne nouvelle mon petit homme, vous dînez avec moi ce soir. Quel bonheur !!! Quel bonheur !!! Quel bonheur !!! Il ne fallait rien moins que cette charmante surprise pour me faire oublier toutes mes mésaventures d’aujourd’hui. D’abord la médecine, beaucoup de colique et de bruit pour rien, l’arrivée du GRENADIER, le rhume de cerveau le plus renforcé et brochant sur le tout. Seconde mystification de l’eau d’Yvan Cagliostro qui m’a remis la figure à peu près dans le même état que la première fois. Ah ! bien la certitude de passer une soirée tout entière, tout entière ? Hélas ! Je comptais sans Deschanel1. Mais c’est égal, je ne m’en dédis pas et je serai heureuse tant que je pourrai, sinon par la longueur de la soirée, par le bonheur de vivre côte à côte avec toi quelques heures, et puis tu m’as fait dire que tu ne souffrais plus de ton pauvre cœur. Double raison pour être très heureuse. Il m’a été impossible, mon bon petit homme, de faire faire tes souliers pour aujourd’hui. Mais j’espère que tu les auras pour demain sans faute. Je suis allée tout à l’heure m’informer pour tes chemises mais la maîtresse de la maison n’y étant pas, cela ne pourra avoir lieu aussi que demain. J’espère, mon cher petit homme, que j’ai réussi complètement à prendre votre rhume pour mon compte car sans cela j’y serais tout à fait volée et j’y renoncerais tout de suite plutôt que de faire un double emploi aussi absurde. En attendant je ne me donne plus la peine de me moucher. Je laisse couler le flot sans essayer de l’endiguer d’aucune façon. Mon nez, mes yeux, ma bouche tout pleure, morve, bave à la fois, c’est hideux. Mais je ne m’en plains pas si vous êtes à sec de votre côté.
Juliette
1 À Bruxelles, Hugo assiste aux conférences de Deschanel.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
