« 29 janvier 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/01], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12504, page consultée le 24 janvier 2026.
29 janvier [1848], samedi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon doux Toto, bonjour, mon cher petit homme, bonjour je t’aime. Je te
demande pardon d’avoir pleuré cette nuit quand tu as été parti. Je reconnais que j’ai
eu tort et que tout ce que tu me disais ne devait pas inquiéter mon amour ni blesser
ma susceptibilité. Aussi, n’est-ce pas à cela que j’attribue le chagrin qui m’a pris
quand tu as été parti, mais à la disposition physiquea et morale dans laquelle je me trouvais, disposition qui me
prend toujours lorsque tu t’en vas. Vois-tu, mon pauvre adoré, je suis une pauvre
vieille Juju très peu raisonnable et que la moindre chose effarouche surtout depuis
l’affreux malheur qui m’a frappée. Je sens que j’ai en moi quelque chose de briséb, une sorte de faiblesse morale que la
moindre chose fait souffrir. Pardonne-moi mon peu d’énergie et mon peu de courage.
Peut-être que si je t’aimais moins je serais moins sensible à toute chose. Mais telle
que je suis, je te prie de ne pas m’en vouloir et de m’aimer toujours. Ma vie et mon
bonheur sont attachés à ton amour. Penses-y surtout quand je te parais exigeante et
injuste.
J’ai fait de vilains rêves cette nuit. J’ai rêvé que je te rencontrais
venant chez moi soutenu par Isidorec
qui portait une assiette de glace pour te panser la main que tu avais refoulée. Dieu veuille que rien de pareil ne t’arrive. Aussi,
je voudrais déjà que tu sois auprès de moi.
Juliette
a « phisique ».
b « brisée ».
c « Ysidore ».
« 29 janvier 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/02], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12504, page consultée le 24 janvier 2026.
29 janvier [1848], samedi après-midi, 4 h. ½
Quel temps, mon pauvre adoré ! J’ai rêvé cette nuit que tu t’étais foulé de nouveau la main. Quoique je n’ajoute qu’une foi très médiocre aux rêves, cependant je ne serai tranquille que lorsque tu seras auprès de moi installé bien chaudement auprès de ma cheminée. J’espère que tu n’iras pas patauger dans ce hideux dégel ce soir ? Vraiment ce serait vouloir risquer un rhume et quelque bonne chute au milieu du verglas et de la glace des ruisseaux. Au reste je suis bien venue à te faire ces belles recommandations-là puisque tu ne les liras que lorsqu’elles ne pourront servir à rien. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Il me semble que si je ne te disais pas tout cela, je serais coupable d’indifférence et que s’il t’arrivait un accident, j’aurais le remordsa de ne t’avoir pas averti en plus du chagrin de te voir souffrir. C’est absurde mais c’est comme cela : obéissez-moi. D’ailleurs, ça vaudra bien mieux que de dire des gros mots au monde et de lui demander où il en est de sa COPIE. Ça ne vous regarde pas, il en est où ça veut et la bête la cherche. Qu’est-ce que vous diriez si on vous demandait où vous en êtes de toutes les élucubrations que vous entassez les unes sur les autres ? Vous ne répondriez pas ? Eh bien moi qui vous copie, de plus d’une façon, j’en fais autant et je vous défends de m’adresser la parole.
Juliette
a « remord ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
