« 27 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 52-53], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9577, page consultée le 23 janvier 2026.
27 octobre [1835], mardi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, ma joie, bonjour, ma vie, bonjour, mon grand
VICTOR qui n’a aucun TORT puisqu’il m’aime. Peut-être pas
dans les règles ordinaires mais enfin il m’aime tout ce
qu’il en faut pour rendre très heureuse une pauvre fille comme moi.
Mon cher
petit homme, je crains bien que cette journée soit une de celles où ton temps, ta
personne et ton esprit seront plus pris, plus occupésa que jamais. Je me résigne d’avance à ne te voir qu’à 7 h. du
soir pour t’embrasser seulement, comme je me résigne encore à ne t’admirer que
longtemps après les autres car il est bien probable que je n’aurai mon cher petit
exemplaire1 qu’après tout le monde. Je ne peux pas dire que ça me
soit égal parce que ça n’est pas égal, bien au contraire. Mais je peux dire que je
n’attends pas après lui pour me prosterner devant toi, pour t’adorer et t’admirer.
Je
suis en fondsb de ces deux
sentiments-là pour toute ma vie, rien que depuis le jour où je t’ai vu pour la
première fois, où j’ai entendu ta voix pour la première fois. Te le rappelles-tu ce
jour-là ? Moi, je ne l’ai pas oublié. Je n’ai rien oublié, ni de lui, ni des autres
qui lui ont succédéc. Et je t’aime,
et je t’adore.
Juliette
1 LesChants du crépuscule paraît le jour de l’écriture de la lettre, le mardi 27 octobre 1835.
a « occupé ».
b « en fond ».
c « succédés ».
« 27 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 54-55.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9577, page consultée le 23 janvier 2026.
27 octobre [1835], mardi soir, 8 h.
Vous êtes un affreux Toto, vous ne viendrez pas me chercher encore ce soir pour
sortir et vous m’empêchez de me coucher, ce qui est le comble du despotisme et de
la
tyrannie.
J’ai un mal de tête effroyable. Je n’en peux plus. Je ne sais pas
comment je vais faire pour rester debout jusqu’à 10 h. Je suis bête encore plus ce
soir. Je suis dans un de ces moments dont je t’ai parlé, tu sais, où le souvenir de
ce
que tu es me paralyse jusqu’à la stupidité. Aussi je ne te dirai rien autre que je
t’aime. Voilà tout. Que je suis fort triste et fort abandonnée de toi et que si cela
devait continuer longtemps comme cela, je ne voudrais pas de ta gloire à ce prix-là.
Je ne remplis pas en entier la feuille péso-stère1 de
mon papier parce que mon esprit étant plus lourd que de coutume, il pèse autant et
plus dans de plus petites dimensions qu’à l’ordinaire. Mais je t’aime.
Juliette
[Adresse]
À mon grand
et bien aimé Toto
1 En 1834 a été commercialisé le péso-stère, appareil qui mesure et pèse le bois en même temps. Son invention est due à M. Fayard, marchand de bois au quai d’Austerlitz.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
