« 16 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 261-262], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12283, page consultée le 24 janvier 2026.
16 décembre [1845], mardi matin, 10 h.
Bonjour, mon aimé, bonjour, mon plus qu’aimé, bonjour, mon adoré Toto,
bonjour, comment vas-tu, comment m’aimes-tu ce matin ? Je viens de te
préparer une grosse assiette de gros raisin dont tu feras de grosses
bouchées ce soir. Je me réjouis d’avance rien que d’y penser. Mais pour
que mon bonheur fût complet, il faudrait que j’eusse la permission de te
donner deux bonnes grosses tapes de chaque côté des joues au moment où
elles sont bien pleines. Ja, jaa, Monsire, Matame, ce serait le ponheur te Mamzelle
Chichi1.
Hein ! Quel temps ! Pourvu que tu penses à
prendre ton parapluie et à mettre tes bonnes bottes encore. Il faudra
pourtant m’apporter les vieilles (bottes) pour que j’écrive à Dabat de venir les chercher. Je
t’écris cela pour que tu y penses chez toi et que tu les mettes de côté
à temps.
Mon cher petit homme chéri, je vous aime, je vous adore,
je ne suis heureuse qu’en pensant à toi et en espérant te voir bientôt.
Tâche de venir bien vite dès que Frédéric* sera parti. D’ici là, je vais
m’occuper de toi, te désirer et t’aimer de toute mon âme. Je te baise
depuis ton cher petit nez jusqu’à tes chers petits pieds.
Juliette
1 Juliette imite l’accent allemand.
a « Ia, ia ».
« 16 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 263-264], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12283, page consultée le 24 janvier 2026.
16 décembre [1845], mardi après-midi, 4 h. ¾
Penses-tu à moi, mon Toto ? Vas-tu bientôt venir ? Je t’attends avec
courage parce que je sais combien tu es pris de toute part. Mais j’ai
bien besoin de voir ta douce et ravissante figure pour oublier
l’affreuse journée d’aujourd’hui et le mal de tête hideux qui en est la
conséquence. Je t’attends, mon Victor, et je t’aime par-dessus les
bords. Fais tout ton possible pour venir bien vite. Je t’en remercie par
des millions de baisers quitte à te faire fuir tout de suite comme les
enfants trop aimés qui glissent de vos bras.
En vous attendant, je
vais copire à mort. C’est la seule bonne manière de me faire trouver le temps
moins insupportable loin de vous. Aussi je vais m’y mettre à l’instant
même. Hum ! je voudrais bien connaître la suite du vieux évêque1.
Pour cela, il faut que je m’épêche, que je m’épêche le plus vite que je pourrai.
Soir, Toto, soir, mon cher petit
bavard, je suis sûre que vous êtes encore avec Frédéric*. C’est bien à
vous à vous r’pécher, si vous, vous m’aimez seulement le demi-quart de
ce que je vous aime. Si j’étais aussi fée que je suis vieille, j’irais
vous mordre l’oreille jusqu’au sang dans ce moment-ci pour vous forcer à
penser [à moi ?]. Hein ? que je suis une bonne Juju.
1 Juliette Drouet évoque Monseigneur Myriel.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
