« 20 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 59-60], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12230, page consultée le 24 janvier 2026.
20 octobre [1845], lundi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon cher petit homme adoré,
bonjour, comment vas-tu ce matin ? Bien occupé déjà probablement ? Que
ne puis-je t’aider ! Avec quelle joie, quel empressement et quelle
ardeura je le
ferais. Tu aurais dû me prendre à la journée, je t’assure que tu n’y
aurais pas perdu....bautre chose que quelques petites épluchures par-ci, par-là. Mais vous m’avez
dédaignée, tant pire pour vous. Vous voyez ce qu’il vous en coûte de
temps perdu, de poussière avalée, de fatigue et d’ennui. Vous n’êtes pas
revenu hier, vilain méchant, c’est très mal et très féroce à vous, car
vous n’ignorez pas le chagrin que me fait chaque nouvelle déception
causée par vous. Cela fait que je vous crois de moins en moins et que je
n’ajoute aucune foi en vos promesses. Taisez-vous, vilain attrapeurc de femmes.
Bonjour, mon Toto chéri, je tâche d’être geaie mais je ne parviens qu’à être un NIbou
fort maussade. Si je vous avais revu hier au soir, j’aurais été comme un
pinsond ce matin,
tandis que si vous ne venez pas bientôt, il me sera impossible de n’être
pas une pauvre OIE sans canard{« sans
canards »}... littéraires. Avec tout ça, je vous aime comme un
chien.
Juliette
a « quel ardeur ».
b Quatre points de suspensions.
c « attrappeur ».
d « pinçon ».
« 20 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 61-62], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12230, page consultée le 24 janvier 2026.
20 octobre [1845], lundi après-midi, 4 h. ¼
Je viens de m’apercevoir que j’avais pris mon papier à l’envers et je
l’ai courageusement retourné pendant qu’il en était encore tempsa.
Cher adoré, je ne te vois pas longtemps à la fois et je ne
te vois pas souvent, mais le peu que je te vois est un grand bonheur et
une grande joie pour moi. Je pense avec tristesse que bientôt ces courts
et ces rares instants vont encore devenir plus courts et plus rares dès
que ton monde sera installé à Paris1. Alors je ne sais pas ce que je deviendrai. Cependant
je ne veux pas te tourmenter à l’avance et même jamais, j’en ai pris la
ferme résolution, quand je devrais en crever dans ma peau de Juju.
J’espère que je pourrai marcher ce soir, quoique mon pied me tourmente
beaucoup dans ce moment-ci. Mais je veux aller avec toi absolument et je
ne tiendrai aucun compte du mal qu’il me fera ou que je lui ferai, car
je ne sais pas au juste lequel de nous deux fait du tort à l’autre. En
attendant, je le mets en écharpe le plus que
je peux.
Cher petit homme coquet, vous voyez ce que c’est qu’un
nettoyageb de
maison depuis deux ou trois jours et vous savez combien il est difficile
de conserver la splendeur des mains blanches et des ongles roses dans un
pareil travail, et encore vous n’êtes que directeur dans la chose tandis que moi je joue le premier rôle de balayeuse en chef. Tâchez de ne pas
trop vous fatiguer à ce métier peu récréatif et de ne pas venir trop
tard. Je baise la sacrée poussière de votre petite carcasse adorée.
1 La famille de Victor Hugo séjourne à la campagne à Saint-James depuis le 12 septembre. Le séjour prend fin le 21 octobre, date du retour à Paris.
a On peut lire la date écrite à l’envers au bas de la page.
b « un nétoyage ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
