« 23 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 182-183], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12114, page consultée le 24 janvier 2026.
23 août [1845], samedi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon Victor adoré, bonjour, mon ravissant petit homme, bonjour,
comment vas-tu ? Moi je vais bien, à un peu de courbaturesa près.
J’ai dormi comme un sabot, ce qui m’a guéri comme par enchantement. Que
n’en est-il de même de tes indispositions, tu ne souffrirais pas aussi
longtemps et je ne me tourmenterais pas tant.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o adoré, je vous aime. J’ai retrouvé la fameuse circulaire et j’en
ai déchiré la bande. C’est une invitation de Mme Marre d’assister
à la distribution des prix mercredi prochain.
Il Y AURA UNE LOTERIE pour toutes les jeunes filles présentes. Les
petites Rivière iront et j’y
enverrai Suzanne en sa qualité
de jeune fille. Je t’aurais bien prié de m’y
laisser aller, mais je crains, malgré l’affirmation contraire
d’Eulalie, que
M. Pradier n’y soit et,
comme je ne veux pas surprendre ta bonne foi et te contrarier, j’aime
mieux te le dire d’avance et y renoncer. Je resterai chez moi, comme
toujours, et je serai trop heureuse de te faire ce léger sacrifice, tout
en me disant que c’est faire trop d’honneur à ce hideux Pradier que de
supposer qu’il puisse être autre chose pour moi qu’un objet de répulsion
et de mépris. Je t’aime, mon Victor, c’est te dire que rien n’existe
pour moi au-delà de toi. Tâche de venir de bonne heure aujourd’hui et de
rester un peu plus de deux secondes, que j’aie le temps au moins de te
voir et de t’embrasser.
Juliette
a « un peu de courbature ».
« 23 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 184-185], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12114, page consultée le 24 janvier 2026.
23 août [1845], samedi soir, 5 h.
Je suis là, mon petit Toto, je pense à toi, je te désire, je t’attends, je t’aime. Est-ce que tout cela ne te dit pas de venir un peu me voir avant ton dîner ? Je sais que tu travailles mais je sais aussi que j’ai besoin de te voir et que je serai bien contente et bien heureuse si tu viens et bien triste et bien malheureuse si je ne te vois pas. Encore si tu restais un peu longtemps le soir, je ne dis pas pour hier puisque j’étais malade et que mes yeux se fermaient malgré moi, mais pour tous les autres jours où je suis éveillée comme une portée de souris et où tu t’en vas presque tout de suite. Cher petit homme gentil et adoré, je te dis toujours la même chose. Je suis comme une cloche mais c’est un peu ta faute. Si tu ne me laissais pas si souvent t’attendre et te désirer, je ne me répèterais pas avec cette monotonie. Quand voudras-tu que je sortea ? Tu me dis bien, pour te débarrasser de moi, que tu me feras sortir mais ce jour n’arrive jamais et cela me fait du mal. Il faut absolument que je marche. Mon jardin ne me suffit pas quand j’ai fait une vingtaine de tours en rond, comme une bête fauve. C’est tout ce que je peux faire mais cela ne me suffit pas. Il faut donc me permettre de sortir de temps en temps pour faire des courses sérieuses. Je te le demanderai quand tu viendras. Et puis je t’aime, tu es mon Toto ravissant que je baise et que j’adore.
Juliette
a « que je sortes ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
