« 13 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 31-32], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12020, page consultée le 25 janvier 2026.
13 juillet [1845], dimanche matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, je
t’aime. Je t’envoie ma pensée, mon cœur et mon âme dans un baiser.
Voilà un temps qui t’empêchera de sortir vu l’impossibilité de mettre
une chaussure solide. Heureux ceux qui se constitueronta prisonniers
avec toi. Moi, le soleil, la pluie, le temps de demoiselle ne me favorisent pas plus l’un que l’autre. Mon
sort est d’être constamment éloignée de toi. C’est mon lot mais je le
changerai bien contre un autre qui me rapprocherait à tout jamais de
toi. Mon Victor bien aimé, je sens mes yeux qui se mouillent. Je ne veux
pas t’attrister, je veux faire effort sur moi-même et te sourire. Souris-moi, porte-moi.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, apportez-moi Le Moniteur bien vite, je
vous en supplie à mains jointes. Voime,
voime, pôlissons, viens-y et tu
verras sur quelle manche je me mouche. Toutes les cochonneries sont
assez bonnes pour moi. Les revues de théâtres, les gazettes des
théâtres, les Frances théâtrales, les Moniteurs, les Semeurs, les GRANDS RÉFÉRENDAIRES1 et autres ordures, tout cela est assez bon pour moi.
On dirait que je suis votre chiffonnière littéraire. Que je vous y
prenne encore, scélérat, et vous verrez si je ne vous tire pas le nez
tout bonnement. D’ici là, baisez-moi bien vite.
Juliette
1 Le grand référendaire est un titre que porte un pair qui « est chargé d’apposer le sceau et qui a la garde des archives » (Larousse). Juliette désigne-t-elle aisni par métonymie un compte rendu écrit ?
a « se constituront ».
« 13 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 33-34], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12020, page consultée le 25 janvier 2026.
13 juillet [1845], dimanche après-midi, 3 h. ¾
Je ne t’accuse pas, mon Toto chéri, je ne te boude pas, je sens et je
vois l’impossibilité matérielle où tu es de venir. En supposant que tu
aies du loisir, ce qui n’est rien moins que sûr. Mais je comprends que
tu ne puisses pas te résoudre à te risquer dans l’eau et dans la boue
avec un soulier percé. J’espère que le bon Dieu aura pitié de moi d’ici
à ce soir et qu’il m’enverra un petit vent sec qui te permettra de
t’aventurer jusqu’ici. En attendant, je t’aime et je tâche de faire
bonne contenance, ce qui ne m’est rien moins que facile.
J’ai
envoyé chez Claire ce matin
porter les fameuses fraises. Nous verrons ce que Charlotte en aura dit, car c’est à
elle que je les ai adressées. Elle aura probablement laissé échapper
quelques bonnes exclamations naïves qui lui sont familières. Je saurai
cela jeudi ou samedi. C’est demain la fête de Mme Marre. Il me
semble qu’on aurait pu profiter de la journée d’aujourd’hui, dimanche, pour célébrer cet auguste
anniversaire. Il est vrai que ce qui ferait le compte des parents ferait
le mécompte des enfants, ce qui n’est pas d’une mince importance. À
demain donc la Saint Bonaventure. Tant pis
s’il y a séance à l’Hôtel de Ville1, Mme Marre s’en
lave les mains. Moi je voudrais bien que Varin aille te voir. Ce serait une occasion pour toi de
lui recommander de nouveau ma fille. Et puis, vois-tu, mon cher adoré,
tout ceci n’est que du remplissage pour pouvoir arriver à la fin de mon
gribouillis sans t’avoir ennuyé de mes lamentations et de mon amour. J’y
suis parvenue presque. Baise-moi et souris-moi, je tâcherai de te le
rendre, pour le sourire du moins, car pour t’aimer je le [plusieurs mots illisibles].
1 Régulièrement, des séances d’examens se tiennent à l’Hôtel de Ville. Juliette souhaite que Claire y assiste au moins tous les quinze jours pour préparer son propre examen d’institutrice.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
