29 juillet 1844

« 29 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 309], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11751, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, je t’aime, mon cher, mon ravissant, mon éblouissant petit homme. Je t’ai bien peu vu hier, mon pauvre bien-aimé, et le peu que je t’ai vu, tu étais préoccupéa. Je n’ose pas espérer que tu le seras moins aujourd’hui mais je compte sur ton souper pour me rabibocher de ma journée perdue. Je m’aperçoisb en retournant ma page que je suis tombée sur une feuille simple. Quel malheur ! Interrompre un si beau gribouillage par une solution de continuité, c’est vraiment bien dommage. Mais, je ne me déconcerte pas pour si peu, je vous prie de le croire, et vous allez me voir emjamberc de la grande feuille simple à la petite feuille double avec une merveilleuse souplesse. Voilla le moment ; regardez bien ça : il n’y A QUE l’espace d’un baiser à un autre.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « préocupé ».

b « m’apperçois ».

c « enjambée ».


« 29 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 310-311], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11751, page consultée le 24 janvier 2026.

Je reprends le fil de mon discours à l’endroit où je l’ai laissé par le trait d’union que vous savez : un baiser sur votre nez et un sur votre bouche.
Je te supplie, mon cher petit Toto, de venir me voir une petite goutte aujourd’hui en l’honneur des TROIS GLORIEUSES, qu’il ne soit pas dit que vous méprisez les journées de JULIETTE. Vous savez que je donne la clef des champs à ma servarde1 aujourd’hui toute la journée ? Nous serons donc tout à fait seules, Claire et moi. Je ne dis pas cela pour t’attendrir parce que L’ABSENCE de Suzanne n’est pas un malheur du premiera ordre. Je te le dis pour que tu nous fasses sortir si tu peuxb ce soir. Ne te gêne pas, pourtant, car Dieu sait que si je désire sortir, c’est pour avoir l’occasion d’être avec toi. Si tu peux me donner le même temps chez moi, j’aime encore mieux ça. Je vais faire acheter des fraises tout à l’heure. Suzanne est consternée de ton dégoût pour les framboises. Elle n’y comprend rien. Elle est bien sûre de ne pas moucher sa chandelle dans le compotier et de n’y avoir vu aucun verc. Moi, je m’abstiens de toute réflexion et je fais acheter des fraises, tu verras ce soir si le cœur t’en dit. En attendant, je te baise à mort.

Juliette


Notes

1 Suzanne.

Notes manuscriptologiques

a « 1er ».

b « peu ».

c « vers ».


« 29 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 312-313], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11751, page consultée le 24 janvier 2026.

Mon cher petit mignon, je vous aime. Je suis bien aise de vous le dire chemin faisant et en attendant que je vous le prouve par A+ un Baiser et des millions de baisers.
Voilà un bien vilain temps pour les écoliers et les serventres en vacances. Cette pauvre Suzanne fait une grise mine en voyant la pluie persister. Je la plains mais je n’y peux rien ; je me mets à sa place et j’avoue que je ne serais pas contente, mais voilà tout.
Clairette a étudié son piano toute la matinée, elle lit l’histoire de Ségur1 dans ce moment-ci. C’est à cela que se bornera son fou rire pour aujourd’hui à moins que, par impossible, tu ne nous fasses sortir. Moi, je ne suis pas encore habillée ni coiffée, je ne me presse pas puisque je sais que je n’ai rien à faire d’important. Je ne serais pas si flâneuse si je devais sortir avec vous ou copier un de vos manuscrits, je vous en réponds. Mettez-moi à même de vous le prouver et vous verrez. En attendant, je baise vos quatre petites pattes blanches et votre museau rose.

Juliette


Notes

1 À identifier.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.