« 6 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 233-234], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11729, page consultée le 27 janvier 2026.
6 juillet [1844], samedi, midi ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, ma vie, bonjour, ma
joie, bonjour, mon âme, comment vas-tu et comment m’aimes-tu ? Moi je vais bien car
je
t’aime de tout mon cœur et plus encore. Tu penses que je suis levée depuis huit heures
du matin. Mais une chose en entraîne une autre ; et pour ne pas faire perdre de temps
à mes deux péronnelles1, je suis quelquefois obligée de reculer le
moment de t’écrire. Mais je pense à toi, mon bien-aimé, mais je t’adore, mon beau
petit Toto.
C’est Eulalie qui va
chercher Claire et qui la mènera chez son
père. J’aime autant cela parce que cela fait marcher ma pauvre grande fillette qui
a
besoin d’exercice, et, en somme, cela ne me fait pas plus de frais, au contraire,
car
j’ai de moins tous les omnibus à payer et une demi-journée de temps perdu à Eulalie.
Cela se compense à un sou près.
En vérité, c’est bien intéressant ce que je te
dis-là : ce que c’est que d’être bête comme une oie, cependant. Je t’en demande bien
pardon, mon cher adoré. Je t’aime, voilà tout ce que j’ai à te dire, tu es mon Victor
toujours plus aimé.
Juliette
1 Eulalie et Claire Pradier.
« 6 juillet 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 235-236], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11729, page consultée le 27 janvier 2026.
6 juillet [1844], samedi soir, 9 h. ¼
Mon petit Toto chéri ! Vous serez bien aimable, bien gentil, presque autant que vous
êtes désiré et aimé, si vous venez ce soir de bonne heure. Vous vous devez bien un
peu
à cette pauvre Claire qui vous fait toutes sortes de petites galanteries charmantes.
Je ne parle pas de moi parce qu’il m’est trop prouvé que je ne vous attire pas, au
contraire. Je ne dis pas cela pour rire, entendez-vous, scélérat, je le dis pour vous
faire honte et pour vous donner des remords, si toutefois vous êtes capable d’en
éprouver.
Je continue d’avoir très mal à la tête, c’est à peine si j’y vois
assez pour t’écrire les jolies choses spirituelles que je viens de te gribouiller.
Je
remettrais bien la suite à demain mais je serai probablement la même chose demain
et
après-demain et les jours suivantsa.
C’est vraiment décourageant ; il y a des moments où le découragement et le dégoût
de
la vie me poursuivent à ne savoir que devenir. Je suis dans un de ces moments ce soir.
J’attribue cela à une certaine époque qui me fait toujours
beaucoup souffrir1.
Aussi, je te prie de n’y pas faire attention ; si tu venais, je serais la plus
heureuse des femmes et il n’y paraîtrait plus du tout.
Je t’aime mon Victor
adoré, je t’aime mon Toto chéri, je souffre, je suis bête mais je t’aime de tout mon
cœur. Je vais t’apprêter des gants, tu les emporteras ce soir avec le bouquet. À
propos du bouquet, si tu veux, Lambin te le parfumera demain matin ? Tu n’auras qu’à me dire cela ce soir. Et puis je
baise tes quatre petites pattes blanches.
Juliette
1 Périphrase pour désigner les règles.
a « suivant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
