« 10 février 1842 » [source : BNF, Mss, NAF 16348, f. 133-134], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10715, page consultée le 24 janvier 2026.
10 février [1842], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon bon Toto, comment vas-tu ce matin ? Veux-tu que je te porte ?
« PORTE-MOI ». J’ai envoyé cherchera
ton emporte-taches ce matin, et on a eu toutes les peines du
monde à trouverb le marchand qui est
déménagé et qui a transporté sa fabrique et son magasin au quatrième étage de la rue
de Beaune, dans un hôtel garni. Dès que je serai levée, je détacherai ton habit, mais
j’ai peur que la sauce ne reste. Enfin je ferai pour le mieux, si je ne réussis pas
ce
ne sera pas de ma faute.
C’est à Lanvin
même qu’on a remis la lettre, ainsi il pourra en faire usage tout de suite s’il le
veut. Merci pour lui, mon cher petit Toto, tu es la bonté et l’obligeance même, merci
de tout mon cœur1.
Est-ce qu’il y
a académie aujourd’hui ? Je ne me souviens pas quand vous devez nommer vos candidats.
C’est bien malheureux n’est-ce pas mon Toto ? Et cela doit te faire beaucoup de peine.
Porte-moi.
Si la Devilliers ne vient
pas aujourd’hui, il faudra absolument y envoyer la mère Lanvin pour s’entendre avec
cette vieille sotte d’une manière ou d’une autre. Maintenant il n’y a plus de temps
à
perdre, soit que ma fille rentre finir le trimestre, soit que je la mette dans une
autre pension. Je te dis tout cela sans grande nécessité et probablement pour remplir
ce papier blanc de noir. Je n’ai pas, comme La Quotidienne,
un imprimeur obligeant qui me supprime la moitié de ma rédaction. Je suis obligée
bon
gré mal gréc de fournir quelque chose
qui ressemble à des mots et à des lignes, et ne pouvant pas en trouver dans ma tête
qui est vide, j’en prends dans mon encrier. Cela fait toujours du noir sur du blanc
et
c’est tout ce que tu veux, n’est-ce pas mon bon petit Toto ?
Juliette
1 Victor Hugo s’est entremis pour obtenir une lettre de recommandation pour Lanvin, que Juliette tâche de sortir de la misère, en le faisant semble-t-il embaucher par Adolphe Trébuchet, haut fonctionnaire et cousin de Victor. Voir par exemple la lettre du 1er février midi.
a « cherché ».
b « trouvé ».
c « malgré ».
« 10 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 135-136], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10715, page consultée le 24 janvier 2026.
10 février [1842], jeudi soir, 5 h. ¾
J’ai déjà lu ma chère petite lettre dix fois et sans l’arrivée de Mme je la lirais encore. Que tu es bon, que tu es bon mon
adoré. Chacun de tes mots est un trésor de douceur et de consolation. Chacun de mes
regards est un baiser et une adoration. Mon beau, mon noble, mon sublime bien-aimé
je
t’aime.
Cette pauvre Mme Franque est aujourd’hui comme j’étais hier,
c’est-à-dire en larmes et désespérée. Je désire de tout mon cœur qu’elle trouve comme
moi une consolation sinon aussi rayonnante, du moins proportionnéea à son mal. Et moi qui ne
voulaisb pas te dire que tu es ma
joie, mon bonheur, ma vie, mon âme ce matin, faut-il que je sois bête et méchante.
Mais c’est que je me suis joliment punie avec tout ça. C’est DE LA DIGNITE aux
dépensc de mon cœur. Merci,
j’aime mieux autre chose. J’aime mieux t’aimer de toute mon âme et te le dire à mon
aise. J’aime mieux croire que tu m’aimes et être heureuse. Voilà mon genre à moi.
Avec tout ça, je ne vous ai encore baisé qu’en pensée et en désir, ça n’est pas
assez. Il me faut votre bec rose, vos dents blanches et le reste. Il me les faut
longtemps et beaucoup. Dépêchez-vous de venir cher petit bien-aimé. On vous permet
d’être toujours méchant comme hier pourvu que vous soyez toujours adorablement bon
comme aujourd’hui. Pauvre ange de douceur et de générosité, c’est à genoux que je
t’écris ces derniers mots : je t’aime.
Juliette
a « proportionné ».
b « voulait ».
c « au dépend ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
