« 1 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 110-111], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3427, page consultée le 24 janvier 2026.
1 novembre [1838], jeudi soir, 4 h. ½
Je vous écris tout de suite une grosse lettre mon Toto chéri. J’ai le cœur plein
d’ailleurs, et il ne faut pas moins que ces quatre grandes pages blanches pour le
dégonfler.
Pauvre bien-aimé, j’étais bien souffrante tantôt, et bien malheureuse
de ne pouvoir me dompter assez pour te cacher combien je souffrais. J’espère que tu
ne
te seras pas mépris sur ma maussaderie apparente, et que tu n’auras pas emporté une
mauvaise opinion du caractère de ta pauvre Juju qui, ce matin, s’était concentré tout
entier dans son ESTOMAQUE. Vieux capricieux, vos beuttes sont là sur leurs tiges, attendant qu’il plaise à vos jolis petits pieds de les
fouler, et de les fourrer dans la boue et les ruisseaux de la ville. Il paraît que
ce
n’est pas votre jour aujourd’hui ! Vous attendez qu’il gèle à pierre fendre pour
mettre votre chaussure à [Liège ?] ? Chacun son goût. Vous êtes libre
comme l’air, mais votre [illis.] est libre aussi lui, de vous couper le sifflet neta comme dominus1. Maintenant que vous êtes averti, cela ne me regarde plus
du tout, je m’en laverai même les mains, la figure, et le reste tout à l’heure.
Je vous aime mon Toto, fourrez-cela dans votre jolie petite caboche, et venez souper
avec moi ce soir, car je vous préviens que je vous attendrai comme plusieurs lions.
SoirPa, soir To,
soir vous. Je vous adore, baisez-moi, aimez-moi, pensez à moi, désirez-moi, et venez
très tôt me surprendre AGRÉABLEMENT.
Juliette
1 Net comme Dominus : expression que Juliette utilise régulièrement pour exprimer ses menaces jalouses [Remerciements à Sylviane Robardey-Eppstein].
a « nette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
