« 17 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 65-66], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2793, page consultée le 09 août 2026.
17 juillet [1838], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon cher petit bien-aimé. Bonjour mon amour. Comment vas-tu mon petit homme chéri ? La bonne vient de me dire qu’elle avait entendu dire ce matin qu’un théâtre brûlait mais qu’elle ne savait pas où ni lequel. Ça ne peut pas être Ventadour1 à moins que le diable ne s’en mêle. Au surplus, si c’est lui, je m’en console en pensant que cela nous donnera peut-être un petit voyage et bien que l’espoir me rende féroce, pourvu qu’il ne se brûle aucun pompier ou bourgeois, je suis tranquille et je ris au nez des actionnaires. En attendant que la nouvelle du feu se confirme je vais me mettre au bain[Dessina] comme ça et si vous avez du cœur, vous viendrez m’en retirer. J’aime mon Toto. J’aime mon Toto. J’adore mon Toto. Je désire mon Toto. J’espère mon Toto. Je baise mon Toto partout, aux cheveux, au front, aux yeux, aux nez, à la bouche, aux dents, au menton, aux mains et surtout à ses petits pieds.
Juliette.
1 La salle Ventadour a été attribuée à Anténor Joly pour la fondation du Théâtre de la Renaissance, qui doit être inauguré par Ruy Blas.
a Dessin :

« 17 juillet 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 67-68], transcr. Sandra Glatigny, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2793, page consultée le 09 août 2026.
17 juillet [1838], mardi soir, 6 h. ½
Je ne suis pas plus heureuse aujourd’hui qu’hier, mon adoré, car la journée s’est passée sans te voir, ce qui me rend fort triste. Je sais bien que ce n’est pas ta faute, mon bien-aimé.
10 h. ¼ du soir
Je reprends ma lettre mon bien-aimé pour te dire que je suis bien heureuse de t’avoir vu quoiqu’il y ait un petit coin noir dans mon cœur car tu as très bien reconnu cette femme que tu disais ne pas connaître. J’ai du chagrin bien vrai et si je pouvais partir à l’instant même pour un pays quelconque, je le ferais pour te débarrasser de moi qui ne suis bonne qu’à t’ennuyera et à te brûler les yeux. Je suis bien malheureuse, va. Je donnerais ma vie pour deux [illis.]. Quand tu viendras ce soir, mon bien-aimé, tu trouveras l’eau pour tes beaux yeux. J’aurais voulu mettre mon cœur à bouillir dedans mais j’ai craint que ce ne soit un ingrédientb plutôt malfaisant que bon et je le garderai dedans moi pour t’adorer et [illis.].
Juliette
a « ennuier ».
b « ingrédien ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
