« 18 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 283-284], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11386, page consultée le 26 janvier 2026.
18 mars [1837], samedi, midi ¼
Bonjour toi le bien-aimé. Jour, onjour, onjour. As-tu un peu reposé cette nuit ? Mon
bon cher petit homme, tu travailles trop. Je ne sais comment te dire cela avec les
besoins sans cesse renaissants de ma maison. Et cependant, mon bon ange, je sens
jusque dans la moelle des os le supplice que tu t’imposes avec tant de courage et
de
constance toutes les nuits. Je me reproche jusqu’aux plaisanteries que je te dis
quelques fois, non pas pour stimuler ta générosité, grand Dieu, car tu es avec moi
généreux jusqu’à l’abnégation de toi-même, mais pour égarer par des bêtises ce que
notre position a d’austère et de sérieux. Eh bien, dis-je, ces plaisanteries me
reviennent à l’esprit comme des fautes et des torts dans le moment où tu sacrifies
ta
santé et ton repos pour moi. Mon bien-aimé adoré, je voudrais que tu fusses bien
persuadé de ma loyauté et de ma gratitude pour t’assurer que je suis très contente
de
ma position, que je désire de toute mon âme travailler pour te soulager dans la tâche
que tu as prise si généreusement et que je mettrai le plus d’harmoniea possible dans mes dépenses.
Sois
sûr aussi mon bon bien-aimé que je ne me plains jamais que de ne pas te voir assez
au
gré de mon amour, mais jamais d’autre chose.
Si tu pouvais ne pas aller ce soir
chez M. Bernard, je serais bien heureuse. Si
tu ne peux pas t’en dispenser, je serai triste, mais résignée, car je t’aime de toute
mon âme.
Juliette
a « armonie ».
« 18 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 285-286], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11386, page consultée le 26 janvier 2026.
18 mars [1837], samedi soir, 8 h.
Mon cher petit homme bien aimé, vous paraissiez avoir aujourd’hui la tête plus grosse
que le poing. Je suis bien impatiente d’entendre les merveilles que vous avez
misesa au monde ce soir.
Je
donnerais 2 sous de bon cœur pour y être déjà. QUEL BONHEUR.
Est-ce que j’ai été bien désagréable aujourd’hui ? Est-ce que tu m’en veux bien
beaucoup ? Tu peux bien me pardonner car il est certain que je vais assez souffrir
si
tu vas, comme cela n’est qui trop certain, chez M. B.1 ce soir. La joie que
tu me donnes d’un côté le diable me la retire de l’autre, ce qui fait que je suis
continuellement souriante et triste, heureuse et mécontente, deux extrêmes qui se
croisent d’un bout à l’autre de ma vie sans solution de continuité, trop heureuse
si
le bonheur ne se casse pas un jour par le milieu en ne me laissant que le malheur
de
vous avoir trop aimé.
Espérons que non, cependant. Je le ménagerai tant et si
bien, ce bonheur ; je tirerai si peu fort dessus qu’il faudra qu’il soit bien faible
et bien usé pour ne pas me durer autant que ma vie. Je te baise, je t’aime, je
t’adore.
Juliette
a « mis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
