« 31 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 331-332], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11398, page consultée le 26 janvier 2026.
31 mars [1837], vendredi, midi ¼
Mon cher bien-aimé, la portière vient de me dire que la Suzette ne pourra revenir que dimanche soir, ce qui
est bien long quand on est dans ma position. Mais enfin puisque nous avons consenti
à
en passer par là, nous sommes bien forcés d’attendre.
J’ai très mal à tête, je
crois que j’ai encore un restant de fièvre.
Je vous aime mon Toto et je sens
moins l’ennui et l’incommodité de ma position. Je vous aime plus que tous les biens
de
ce monde, je vous aime de manière à n’en sentir les maux que très vaguement, car en
pensant à vous je sens que tous mes bobos se dissipent comme un mauvais rêve.
Si
tu viens de bonne heure aujourd’hui je serai bien heureuse et bien contente. La soirée
d’hier a été si bonne, il l’eût été encore davantage, si je n’avais pas été terrassée
par cet horrible mal de tête. Mais aujourd’hui si tu me fais la grâce de venir, je
serai très gaillarde et toute au bonheur de t’avoir.
Jour, un grand peintre, comment que vous vous
portez célèbre artiste ? Le gouvernement de Juliette vous a commandé deux biens beaux tableaux dont j’ai vu le premier fini et le
second à moitié terminé. Je vous en félicite, mon cher artiste. Je voudrais bien être
ce gouvernement-là qui a le droit de commander deux tableaux
et de les prendre.
Jour, je vous baise les mains.
Juju
« 31 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 333-334], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11398, page consultée le 26 janvier 2026.
31 mars [1837], vendredi après midi, 11 h. ½
Mon cher et bon petit homme, je vous aime de toutes mes forces. J’ai bien le désir
de
vous voir très tôt et pour cela je hâte mes affaires comme si cela pouvait vous faire
venir plus vite. J’ai oublié hier d’écrire à Mlle François pour la prévenir, je
vais le faire aujourd’hui.
Jour, un petit Loto, je n’ai plus rien à manger dans ma maison.
J’attendrai ce soir
pour me commander quelque chose dans le cas où vous auriez l’intention de me mener
dîner en ville chez passoir ce soir1 ou partout ailleurs, ce qui m’est indifférent pourvu que vous y
soyez. Mais je suis sûre que votre avarice bien connue vous empêchera de m’offrir
de
la viande et cependant vous savez bien que je VEUX DE VOUS. Vous êtes une vieille
bête
en PEAU.
Jour. Je vais mieux, j’ai secouéa la fièvre et le mal de tête, autant
que j’ai pu et cela m’a assez bien réussi jusqu’à présent. Il ne me manque que de
vous
voir. C’est peu de chose, mais c’est tout. Je ne sais pas comment je ferai pour me
dessaisir d’un mes trésors. Il est probable que d’ici là je trouverai un expédient,
fût-ce même un crime qui me mettra en légitime possession de
vos deux chef-d’œuvres.
En attendant je suis la plus humble et la plus prosternée
de vos servantes.
Juliette
1 Passoir est un restaurant chic dont Juliette fait souvent rimer le nom avec « pas ce soir » pour reprocher à Victor Hugo de ne pas l’y emmener assez souvent.
a « secouer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
