« 21 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 175-176], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11712, page consultée le 24 janvier 2026.
21 juin [1844], vendredi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon pauvre adoré, bonjour, bonjour, ne sois
pas triste. Je baise tes adorables petits pieds, je t’aime, je te supplie de ne pas
te
faire de mal.
Je suis encore seule aujourd’hui. Eulalie n’est pas venue. J’espère qu’elle viendra demain car c’est sur
elle que je compte pour aller chercher Claire et pour la conduire chez son père1. La mère Lanvin est toujours à la campagne et son mari reste à son atelier le
plus qu’il peut. Cette pauvre enfant ne saurait plus ce que cela voudrait dire si
on
n’allait pas la chercher demain. Je ne te demande pas de m’y mener aujourd’hui parce
que, si près de sa sortie, cela n’aurait pas grand sel ; et puis il est inutile de
lui
donner des distractions la veille d’un jour de congé. Mais si tu peux me faire sortir
n’importe comment pour n’importe où, je serai très heureuse. Je vais me dépêcher dans
cette intention. Pauvre adoré, je ne me réjouis plus du beau temps depuis que je sais
que c’est une source de nouveau chagrin pour toi et pour ta famille. Je n’ose pas
même
te parler de ce chagrin, que je partage, dans la crainte de raviver tes regrets. Je
te
suppliea, mon adoré, de ne pas te
faire de mal et de penser à ceux dont tu es le bonheur, la consolation et la vie.
Ne
souffre pas, je t’en supplie à genoux. Viens me voir, si ce n’est pas une contrainte
pour toi ; et laisse-moi t’aimer et t’adorer de toute mon âme.
Juliette
1 Le sculpteur James Pradier.
a « suplie ».
« 21 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 177-178], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11712, page consultée le 24 janvier 2026.
21 juin [1844], vendredi soir, 7 h. ¼
Te voilà parti, mon cher bien-aimé, et tu as emporté avec toi ma joie, mon cœur, mon
âme, ma vie tout entière.
Je te demande pardon d’avoir autant insisté pour
sortir tantôt ; il y a des moments comme cela où je sens que l’air me manque et je
donnerais tout au monde pour un peu de soleil, de loisir et d’amour. Il y en a
d’autres aussi où je suis plus résignée et, tu dois me rendre cette justice, ces
moments-là sont encore les plus fréquents. Je te remercie, mon adoré bien aimé, de
ta
patience et de ta douceur, je te remercie de m’aimer. Hélas ! Si tu ne m’aimais pas,
qu’est ce que je deviendrais, mon Dieu, cela ne se comprend pas. Je mourrais ou je
deviendrais folle. Ce ne sont pas des amplifications de langage, c’est la vérité
sainte et sacrée que je te dis là. Quand je crois m’apercevoira seulement que tu es froid auprès
de moi, j’ai l’enfer dans le cœur et je sens ma pauvre raison prèsb de m’échapper. Je t’aime trop, mon
Victor, je te tourmente comme je me tourmente, je t’inquiète de mes propres
inquiétudes, je le sens et je ne peux pas m’en empêcher. Si je pouvais être toujours
avec toi, tous mes vœux seraient comblés et je suis sûre que tu ne t’apercevrais pas
de mon mauvais caractère et de mon esprit de contradiction. Pourquoi cela ne se
peut-il pas ? Je serais la plus heureuse des femmes.
Juliette
a « m’appercevoir ».
b « prêt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
