« 26 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 249-250], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10778, page consultée le 24 janvier 2026.
26 octobre [1843], jeudi soir, 4 h. ½
J’ai Lanvin depuis neuf heures du matin. Il s’était arrangé de manière à te donner la journée et c’est moi qui en ai profité puisque tu n’y comptais plus. Je te dirai, mon Toto chéri, que l’affaire des collages de carton des passe-partout n’est pas une chose simple du tout. Il faut toutes sortes de simagrées pour que le papier soit bien tendu et une presse pour qu’il ne se déforme pendant qu’il sèche, on supplée au défaut de presse en mettant les tables et les bûches les unes sur les autres absolument comme pour des barricades. Dans ce moment-ci il est en train d’encadrer Malines. Quant aux cadres, je crois cette fois qu’il t’a bien compris. Cependant je n’en répondrais pas. J’ai fait placer, de mon chef et sauf meilleur avis, les deux miroirs derrière la porte et les trois chapeaux de paille de la Forêt Noire1 et du canton de Vaud au-dessus de la porte. Tout cela n’est pas fameux et je suis loin de tirer vanité de mon improvisation. J’ai fait raccommodera le petit vase vert en pâte de riz. J’ai fait une scène de l’autre monde à la raccommodeuseb et elle l’a refait pour rien. Mais je lui ai fait raccommoderc pour trente sous la penaillon de la rue du Roi-Doré m’a apporté des coupons d’étoffe à voir. Dans tout ce qu’elle m’a montré il n’y en a que deux en [illis.] blanc et jaune dessin Louis XV. Elle en veut huit francs. Il y a de quoi faire un dessus de fauteuil.
27 octobre [1843], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon adoré, bonjour mon pauvre homme triste, bonjour, je t’aime mon Toto
bien-aimé. Ne souffre pas, je t’en prie de toute la force de mon amour. Comment va
ta
gorge ce matin ? Comment va ton pauvre cœur ? Je ne te demande plus pourquoi tu n’es
pas venu déjeuner avec moi, mon Toto, parce que je sais bien qu’il faut que tu aies
des empêchements sérieux car tu sais combien je te désire et combien je t’aime. Je
te
prie seulement de ne pas les prolonger au-delà de la stricte nécessité parce que je
suis bien triste de ne pas te voir plus souvent et plus tendrement. Je t’aime mon
Toto.
Comme tu m’as bien arrangé mes deux passe-partoutd. Comme j’aime tes ravissants
petits dessins. Que je suis contente de pouvoir les regarder à tous les instants de
la
journée. Tout ce qui me vient de toi, et surtout tout ce qui est fait par toi, sont
autant de trésors précieux que je ne changerais contre aucune richesse. J’ai besoin
en
ton absence de m’entourer et de m’imprégner de toi le plus possible. Je t’aime, mon
Victor, comme jamais homme n’a été aimé. Tu verras cela plus tard.
Juliette
1 Souvenir du voyage de 1840.
a « racommoder ».
b « racommodeuse ».
c « racommoder ».
d « passe-partouts ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
