« 24 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 255-256], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3097, page consultée le 25 janvier 2026.
Lundi 24 septembre [1838], midi ½
Mon cher petit homme, je viens de tailler mes plumes avec des ciseaux ! Voyez à quelle extrémité vous me réduisez. Depuis ce matin je frotte et je récure avec mes torchons et mes serviettes pour forcer la blanchisseuse à me les rendre propres. Jusqu’à présent je n’ai réussi qu’à me rendre parfaitement noire et grasse. Je ne vois pas d’autre ressource que de me mettre à la lessive pour me déteindre un peu. Papa est bien i,j’aime Papa. Il faudra me rendre compte sou par sou et liard à liard de la pièce de 5 F.[Dessina] dont je joins ici le portrait. Je n’entends pas fournir de ma propre bourse à vos sales vices, moi. Ainsi préparez-vous à me rendre les comptes les plus rigoureux et les plus clairs de l’emploi de la susdite pièce. Je vous aime, vous. Vous êtes une vieille bête mais je vous adore. Donnez votre nez que je le morde.
Juliette
a Dessin d’une pièce,
côté face :

« 24 septembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 257-258], transcr. Élodie Congar, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3097, page consultée le 25 janvier 2026.
24 septembre [1838], lundi soir, 4 h. ¾
Voici bientôt cinq heures, mon petit homme, et vous n’êtes pas venu. Vous m’avez empêchée de nous peigner à fond bien inutilement. Vous êtes une bête, je ne vous en veux pas, mais je rage pour cette pauvre Claire que je fais travailler depuis le matin jusqu’au soir sans lui donner une heure de distraction. Papa est pas i parce qu’il ne lui en coûterait guère, après tout, de nous mener chemin faisant jusque chez la mère Pierceau, ça ne serait pas excessif et cela nous ferait prendre l’air. J’ai vu Jourdain tantôt qui venait prendre mon jour pour la vérification. J’ai choisi jeudi à 3 h. D’ici là j’aurai eu le temps de débrouiller mes comptes et les siens. Papa est bien [EN ?]1. Je ne crois plus jamais à ses promesses. Vous abusez de ce que je vous aime trop. Vous ne savez pas que tant va l’amour à l’indifférence qu’il finit par se casser et les morceaux n’en sont pas bons. En attendant que ma cruche se casse ou s’emplisse, je vous aime de toute mon âme.
Juliette
1 On ne comprend pas, mais la lecture n’est pas douteuse. Ordinairement, Juliette emploie l’expression « Papa est bien i ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
