14 novembre 1865

« 14 novembre 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 175], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9697, page consultée le 26 janvier 2026.

Je vous guettais, cependant, mon cher petit matinal, et vous m’avez échappé avant que j’aie pu vous saisir au moment où vous attachiez votre signal1. J’en suis confuse et piteuse comme si c’était de ma faute et cependant Dieu sait si j’aurais été heureuse de vous prendre sur le fait de piochage extra matinal. N’ayant pas pu parvenir à mon but, je suis revenue me coucher pour vous contera mes doléances et mes regrets. J’espère que tu as passé une bonne, bonne nuit, de tout point pareille à la mienne qui a été excellente. Mon bobo2 décroît lentement mais sûrement, ce qui vaut mieux, je crois, que de l’avoir fait disparaître brusquement. Je te tiens au courant de toutes mes misères parce que tu l’exiges absolument, car autrement je ne t’en parlerais pas et je ferais bien. J’espère ne pas oublier de te rappeler que tu veux faire une visite aujourd’hui à Mme M3. J’aurai aussi à dire de ta part plusieurs choses à Marie, pour ton festival de demain4, quand elle viendra compter ce matin. Quant à moi, j’ai déjà chez moi Tom Gore qui remet des cordes de tirage aux fenêtres des étages supérieurs. Car, outre la laideur et l’incommodité de ces susdites fenêtres, il y a des frais énormes pour leur entretien, ce qui ajoute encore à leur inconvénient. Ce cri DOULOUREUX, je le pousse DEUX FOIS : pour toi, le NUD propriétaire5, YÉ6 pour moi, l’USURFRUITIERE de cet IMMEUBLE charmant, malgré ses hideuses fenêtres. Sur ce, baisez-moi et aimez-moi, je vous l’ordonne. Je vous adore, fichez-vous-le dans la boule.


Notes

1 Voir Torchon radieux.

2 Juliette souffre de pyrosis depuis le début du mois.

3 La femme de Henri Marquand, Martha de Garis.

4 Victor Hugo reçoit le lendemain à Hauteville House plusieurs de ses amis : MM. Marquand, Kesler, Talbot, Le Ber et Pyrke.

5 « Nud » est l’ancienne graphie de « nu ». Le « nu propriétaire » désigne le propriétaire d’un bien qui ne dispose pas de la jouissance de ce bien, l’usufruit. En effet, le 18 avril 1864, Victor Hugo achète pour Juliette la maison au n° 20 de la rue Hauteville.

6 « Et » : imitation du parler normand.

Notes manuscriptologiques

a « compter ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.