31 mars 1864

« 31 mars 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 89], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13057, page consultée le 26 janvier 2026.

Je t’ai vu, je t’ai baisé des yeux, tu m’as souri, je t’ai envoyé mon âme, je suis heureuse, je te bénis et je t’adore. J’espère que tu as passé une bonne nuit sans insomnie et que ta santé ne laisse rien à désirer ce matin. De mon côté, mon cher petit homme, j’emboite le pas en toute chose [illis.] en clopinant un peu comme aujourd’hui. Voilà trois jours que j’ai une bête de douleur dans le talon droit qui me fait traîner le pied et tirer la langue comme si j’y avais un boulet attaché. Mais tout cela n’est rien et je sauraia bien retrouver des jambes tantôt pour courir la prétentaine avec toi si tu avais le temps de te promener. Malheureusement et HEUREUSEMENT, car les deux choses sont également de circonstanceb en ce moment, Lacroix et Verboeckhovenc ne te donnerontd pas la clef des champs avant le jour de la publication de ton livre qui ne peut guère tarder maintenant1. Tout cela est dans l’ordre mais peu hygiénique pour toi, ce dont j’enrage. Pour me faire prendre courage et patience je t’aime dans mon petit compartiment à part, ce qui est encore très doux. Puis j’irai tantôt voir MES OUVRIERS de MA MAISON2 ce qui est aussi mal intéressant et puis je reviendrai chez moi présider aux préparatifs du FESTIN de ce soir. Sais-tu, mon cher bien-aimé, que le mercredi de ton petit Toto3 fait un grand trou dans ma semaine chaque fois qu’il me le reprend. Je suis si bien acoquinée à sa présence, à sa douceur, à son esprit, à son tout charmant que son absence est une vraie privation pour moi d’autant plus que je sens combien il te manque à toi-même, ce fils bien-aimé.


Notes

1 Dans sa lettre à Auguste Vacquerie du 31 mars, Victor Hugo avoue être débordé par les envois d’épreuves : « Il y a un mois je recevais deux feuilles en quinze jours, aujourd’hui je reçois seize feuilles en vingt-quatre heures [...] Je ne puis donner les derniers bons à tirer » (CFL, t. XII, p. 1262).

2 Le 20 Hauteville, où Juliette s’apprête à déménager, est en travaux.

3 François-Victor Hugo, désormais invité régulier chez Juliette.

Notes manuscriptologiques

a « saurais ».

b « circonstances ».

c « Verboeckoven ».

d « donnerons ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.