« 11 mars 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 70], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13038, page consultée le 27 janvier 2026.
Guernesey, 11 mars [18]64, vendredi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher adoré, puisses-tu avoir aussi bien dormi que moi cette nuit et m’aimer autant que je t’aime. J’ai fait tout mon possible pour t’apercevoir depuis que je suis levée mais inutilement. Ta fenêtre est restée fermée et rien n’a bougé dans ton look outa. Il est vrai qu’il ne fait pas un temps à ouvrir sa fenêtre et à mettre son nez dehors. J’espère que tu as passé une bonne nuit et que tu te portes bien et j’en fais mon bonheur pour toute la journée. Je crois que nous ferons bien de profiter du repos forcé que te fait ton inepte éditeur pour avancer la besogne dans notre petite maison aujourd’hui. Aussi bien pour tes travaux que pour les miens, je crois que notre présence stimule beaucoup le zèle des ouvriers. Quant à moi, si tu le permets, j’irai de très bonne heure et j’emporterai un livre pour ne pas me trouver bloquée dans l’inaction comme hier. En attendant je fais vie qui dure ici assez tristement car j’ai perdu tout espoir de voir cesser le mal que tu connais1. C’est maintenant à l’état chronique et aigu tout à la fois et rien ne peut faire diversion à cette hideuse et dégoûtante affection ou cet immonde penchant comme tu voudras l’appeler. C’est la dernière fois que je t’en parlerai jusqu’au moment définitif dont tu seras toi-même juge. J’ai le cœur gros en t’écrivant cela. Je suis très attachée à cette pauvre fille et il n’en faut rien moins que l’impossibilité de vivre dans ce cahotement perpétuel de l’ivresse pour me décider à t’en parler avec cette antipathie et cette émotion. Pardonne-moi de t’occuper de si vilaines choses, mon cher bien-aimé et plains-moi de les souffrir. Je t’aime et je voudrais que rien de mauvais et d’immonde ne se mêle à mon adoration pour toi.
Juliette.
1 Il s’agit de l’ivrognerie de Suzanne.
a « luckoot ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
