« 1 décembre 1856 » [source : Bnf, Mss, NAF 16377, f. 271], transcr. Mélanie Leclère,, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4001, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 1er décembre 1856, lundi soir, 4 h.
Cher bien-aimé, vous voyez que je ne me fais pas tirer l’oreille pour faire une
grande restitus. Tiens, voilà le citoyen
Kesler, je finirai tout à l’heure.
5 h. ¼. De Kesler en Préveraud, de Préveraud en stéréoscope et de blanchisseuse en aiguille, voilà plus
d’une heure de retard entre ma plume et mon cœur. Malheureusement, tes ouvriers me
laissent tout le temps de gribouiller en t’attendant. Et quant à l’INSPIRATION, elle
ne me fait jamais défaut, comme vous savez ! Ah ! que je vous VOUEILLE dire le
contraire et vous aurez affaire à mon style. À propos de STYLE, c’est encore moi qui
ferai les frais de lecture du jeune Victor1 ce soir, pour peu
que cet [illis.] fasse le tour de la famille. Je ne risquerai que de me
[retirer ?] sur la quantité et de crever de bonheur rentré avant la
fin de ces soirées littéraires. Du reste, je ne GEULE avec cette véhémence après toute
cette rambouilleterie que parce que je ne peux pas en prendre ma part et surtout parce
que cela me rogne mes pauvres petits soirs d’autant de plaisir d’être avec toi. Après
cela, mon grand bien-aimé, je comprends de quel intérêt sont pour toi les travaux
d’esprit de tes braves enfants et je m’associe de tout cœur à leur succès qui est
ton
orgueil et ta joie. Aussi, mon adoré, je me dévoue avec courage et avec amour à leur
petit triomphe intime. Pan, pan, pan, pan, pan, qu’est-ce qu’est là ? Pis, pik, piff…
Hélas, il n’y a déjà plus ni pis, ni pikk, ni piff, je suis encore plus seule, si
possible, puisque je n’ai même plus l’espoir de vous revoir ce soir. Et dire que
toutes mes restitus sont employées depuis un bout
de l’année jusqu’à l’autre à constater jour par jour ma déception, ma mystification
et
ma désolation, c’est vraiment bien la peine d’enregistrer tout cet ennui avec tant
de
soin. Taisez-vous et rendez-moi mes dessins, mes photographies, mes manuscrits, ma
faïence, mes bibelots, et le reste, grand voleur que vous êtes, mais ne comptez plus
sur ma ferrure splendide car tu ne l’auras pas, ni par mer, ni par terre, ni par
trahison. Telle est ma vengeance raffinée et passée au tamis de [plusieurs mots illisibles] Que ne puis-je passer de même mon bête d’amour.
Juju
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle offre à Hugo, qui emménage à Hauteville House, le costume de théâtre qu’elle portait dans Lucrèce Borgia, et s’installe près de chez lui, à la Fallue.
- 23 avrilLes Contemplations paraissent à Paris et à Bruxelles.
- 16 maiHugo achète Hauteville House (38, Hauteville).
- 21 juilletJuliette offre à Hugo la robe violette brochée d’or qu’elle portait dans Lucrèce Borgia.
- 5 novembreHugo et les siens emménagent à Hauteville-House.
- NovembreJuliette emménage à La Fallue, à proximité de Hauteville-House.
- Début décembreDébut d’une grave maladie d’Adèle, fille de Hugo (crises de nerfs, délire, fièvre, gastro-entérite aiguë).
