« 29 décembre 1849 » [source : Harvard, HL, MS Fr 100.4], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12450, page consultée le 01 mai 2026.
29 décembre [1849], samedi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour. Ne te réveille pas ou, si tu te réveilles, ne te
refroidis[« refroidit ».] pas. Il paraît qu’il fait un
froid d’ours blanc et qu’on se fige rien qu’à sortir de son lit, aussi j’y reste
prudemment le plus longtemps que je peux, non par paresse, mais par économie.
J’ai oublié de vous dire dans mon gribouillis d’hier au soir que j’avais eu la visite
du jeune Jourdain, lequel même était resté
assez longtemps tête à tête avec moi, et pour que la chose soit plus venimeuse je
l’ai
invité à venir chez moi dimanche soir sous prétexte de le présenter à son PROTECTEUR
Vilain. Maintenant, c’est à vous à tirer
les vraies inductions de cette conduite fallacieuse. Je vous en avertis honnêtement,
le reste ne me regarde plus. En attendant, je voudrais bien
savoir quand vous espérez me donner une soirée, une vraie soirée dans laquelle on
2e feuille 29 décembre samedi matin 8 h. ½
entendra l’air varié du poulet à la tralala la déri de ralala, la cavatine du merlan frit et le trémolo du fromage de Brie avec accompagnement de mâchoires et de couteaux, pas de bois, et de fourchettes en même métal. Il me semble qu’il y a assez longtemps que vous me faites désirera ce RAOUT pour vous exécuter une bonne et très prochaine fois, je vous préviens que je suis toute prête et que j’attends vos trois coups traditionnels, fichtre, quelle tradition ! pour commencer cette merveilleuse symphonie en soles mineures, mais au gratin. Tâchez donc que ce soit bientôt ou tout de suite, ce qui vaudrait encore mieux. Jusque-là, je me calamine comme un vieux rôt oublié et je bisque à deux sous l’heure. Taisez-vous, on voit bien que vous ne savez pas ce que c’est que de croquer…. le marmot1 depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre. Sans cela vous ne seriez pas si renchérib. Taisez-vous, monstre d’homme.
Juliette
1 « Maugréer en attendant quelqu’un qui ne se presse pas. » (Émile Littré, Dictionnaire de la langue française.)
a « désiré ».
b « renchérit ».
« 29 décembre 1849 » [source : MVHP, Ms a8314], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12450, page consultée le 01 mai 2026.
29 décembre [1849], samedi soir, 7 h. ½
Que tu es bon, mon bien-aimé, et comme je t’aime. Tu as joliment bien fait de revenir car tu vois que j’étais bien chez moi. Vois-tu, mon bien-aimé, crois-moi bien dans tout ce que je te dis, même pour les omnibus que je te compte. Excepté toi, tout m’est indifférent en ce monde. Je ne lèverais pas le doigt pour tous les plaisirs dont tu n’es pas. Aussi, ai-je été très contente de saisir le prétexte du mauvais temps et de la rue isolée pour me priver du bon dîner et de la soirée musicale. Je m’en trouve indemnisée autant que je le désirais puisque je t’ai vu. J’avais été assez punie hier de n’être pas allée te conduire à l’Assemblée. Je n’étais pas disposée aujourd’hui à faire la même faute. Quant à l’omnibus, je l’ai très bien pris, vous pouvez m’en croire. Vous pensez bien que je ne voudrais pas vous tromper et me damner pour six sous. Pour une très grosse somme, je ne dis pas parce que je n’haïrais pas d’être une voleuse riche. Voilà ma profession de foi et la mesure de ma probité. Réglez votre estime là-dessus si vous voulez. Je te remercie, mon petit homme, d’avoir eu la bonne pensée de venir me voir ce soir, surtout dans le doute où tu étais si je serais chez moi. Je t’en remercie et je t’en aime encore plus que c’est possible. Aussi, je te souhaite tout ce que tu peux désirer en dehors de notre amour et de la fidélité que tu me dois. Sois heureux jusque-là. Pour le reste, je suis toute prête à l’aider de ma collaboration de Juju.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
