« 18 avril 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/20], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12474, page consultée le 26 janvier 2026.
18 avril [1847], dimanche matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon ami Toto, bonjour qu’on vous dit du bout de la plume mais du fond
[du] cœur car, malgré qu’on vous boude, on ne peut pas s’empêcher
de vous aimer. J’en sais quelque chose, moi qui ne dérage pas contre vous et qui vous
aime comme un chien. Je voudrais pourtant bien savoir au juste quand ce rôle ridicule
finira. Le jour probablement où je mordrai dans un feuilleton de
[rôle ?]. C’est une fin comme une autre et à la portée de tous les
fidèles caniches mâles et femelles.
J’espérais, une fois vos soirées officielles finies, que vous viendriez me voir tous les
dimanches dans la nuit. Je me suis trompée, comme toujours, encore une illusion de
mon
bonheur qui ne refleurira plus. Tous les jours je vois mourir et disparaître toutes
les joies de mon amour. Bientôt il ne restera plus que mon pauvre cœur tout seul.
Ce
jour-là, mon bien-aimé, tout sera dit pour moi.
Mais je ne veux pas
t’ennuyera de mes tristes
pressentiments, je veux au contraire te faire RIRE quand je devrais te chatouiller
la
plante des pieds jusqu’à extinction. Premier fou rire : MadameGuérard m’a envoyé dire tout à l’heure qu’elle
n’était revenue de la campagne qu’hier au soir à onze heures. Second fou rire :
l’inspecteur des LIEUX et autres cabinets est venu me prévenir que pour mes COMMODITÉS
il m’enverrait demain matin ses CACAOTIERS dans mon jardin. Troisième fou rire : le
porteur d’eau, qui n’a pas quarante voies d’eau à donner à L’ÉCOLE CENTRALE le
dimanche, s’est dispensé de m’apporter ma seule mais indispensable voie d’eau et
Suzanne est à la recherche d’un autre
tonneau. Quatrième fou rire : oh ! vous devez en avoir assez et je ne veux pas avoir
votre mort à me reprocher. Je vous prie de ne pas oublier que je vous ai prêté mon dessin et que je désire le revoir le plus tôt
possible. C’est bien le moins que, n’en ayant qu’un, je ne le laisse pas dans l’album. D’ailleurs, je serai plus tranquille quand je
l’aurai chez moi sans en devoir compte à personne. Tâchez donc de me le rendre le
plus
vite. Maintenant baisez-moi comme si vous m’aimiez et venez de même, j’en seraisb presque aussi heureuse que si cela
était.
Juliette
a « ennuier ».
b « serai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
