« 28 novembre 1846 » [source : MVH, α 7823], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1318, page consultée le 10 mai 2026.
28 novembre [1846], samedi soir, 4 h.
Je t’écris bien tard mon pauvre doux adoré, cela tient au samedi et à l’exiguïté des jours. J’ai voulu me peigner à
fond et faire toutes les ablutions qui en font partie. Duval aussi m’a occupéea et m’occupe encore. Tu sais combien
j’aime à me mêler de mes affaires. Voilà ce qui fait que
presque tous les samedis je suis en retard avec mon cœur. J’ai écrit à Mme Guérard pour
lui faire mon compliment de condoléances. Mais il m’aurait été trop pénible d’assister
à la messe de sa pauvre mère. Elle comprendra, du reste, le motif trop légitime,
hélas ! qui m’a retenue chez moi ce matin.
Je t’écris, mon doux bien-aimé, je
chasse tant que je peux toutes les pensées noires de mon esprit. Je tâche de n’y
conserver que ton doux et charmant souvenir. Cher bien-aimé, est-ce que tu ne vas
pas
bientôt venir ? Il me semble que ton heure est bien passée ?
Vous ne devriez pas être en retard si tard. C’est déjà bien
trop plus tôt. Si j’étais auprès de vous je vous forcerais de venir. Il est vrai que
si j’étais auprès de vous j’aurais toute la patience d’un cœur satisfait.
Il
n’est pas probable que Mme Lanvin vienne aujourd’hui à cause du mauvais temps. Cela me contrarie on
ne peut pas plus car cela ajourne indéfiniment le renseignement que je veux avoir.
Et
puis cela autorisera M. Pradier à ne pas
payer du tout. Décidément toutes ces choses sont mal arrangées. Je te dis là des
choses inutiles et que tu sais aussi bien que moi. Je ne vois pas pourquoi je
m’obstine à être une vieille rabâcheuse quand je peux être une bonne Juju bien tendre,
bien amoureuse de son Toto et le lui disant dans son patois. Voilà ce que c’est que
les mauvaises habitudes, on a toutes les peines du monde à les déraciner.
Je vous
ai mis de la belle encre neuve et deux plumes toutes neuves aussi. Mâtin de chien,
si
vous vous plaignez encore après ces munificencesb c’est que vous serez difficile à satisfaire. Quant à moi
tout m’est égal en fait d’écriture. Je n’y mets pas de luxe et j’écris aussi mal avec
une bonne plume qu’avec une mauvaise. Je ne tiens qu’à une chose dans ce monde, c’est
à vous, c’est pour cela que je vous ai si peu souvent. Hélas ! c’est bien là mon
ennui. Mais chut, je ne veux pas grogner à la fin de mon gribouillis. Baise-moi bien
vite et mets que je suis très aimable.
Juliette
a « occupé ».
b « mugnificences ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
