« 22 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 183-184], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4649, page consultée le 26 janvier 2026.
22 février [1846], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour toi, bonjour vous, bonjour mon soleil, bonjour mon éblouissant petit Toto,
bonjour je vous adore. J’ai rêvé de vous cette nuit mais contre mon habitude, mes
rêves ont été charmants, aussi j’ai bien regretté de m’être réveillée. On devrait
pouvoir dormir et surtout faire de bons rêves à volonté.
Comment as-tu passé la
nuit, toi mon ravissant petit homme ? Comment va ton gros Charlot ce matin1 ? Ma pensée va à vous tous cherchant à deviner tout ce qui se
passe en vous et autour de vous. Il est clair que si j’étais un Sylphe ou tout autre
être aussi impalpable, je commettrais de fameuses indiscrétions et que je serais plus
souvent dans la chemise de mon Toto que dans la mienne. Malheureusement, je ne suis
rien moins que cela, ce qui fait que je reste bêtement dans mon logis faisant des
conjectures sur ceci et sur cela en vous attendant.
Cher petit homme adoré, vous
savez que c’est aujourd’hui dimanche gras, c’est-à-dire l’avant-veille d’un célèbre
anniversaire2. Tâchez qu’il y paraisse dans mon pauvre petit
intérieur solitaire en venant me voir plus tôt que d’habitude et en restant plus
longtemps. Je vous en prie, je vous en supplie. D’ici là je vais bien penser à vous
et
bien vous désirer et bien vous aimer et bien vous adorer.
Juliette
1 Charles Hugo se remet d’un indigestion.
2 Le 19 février 1833, pour le mardi-gras, Hugo renonçait à aller à un bal d’artistes où il était invité pour aller passer la soirée avec Juliette Drouet.
« 22 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 185-186], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4649, page consultée le 26 janvier 2026.
22 février [1846], dimanche après-midi, 4 h.
Je t’attends, mon petit Toto chéri, je tâche de faire bonne contenance, mais Dieu sait que c’est aux dépens de mon for intérieur et que je n’ai pas la plus petite envie de rire. Je sais que tu travailles, mon doux aimé, je ne t’en veux pas de m’oublier, seulement j’ai le cœur gros malgré moi. La journée a beau être bien belle, il fait sombre au dedans de moi quand je ne t’ai pas vu. Dabat avait apporté tes souliers tantôt, mais je les lui ai fait remporter parce qu’en les visitant je me suis aperçue qu’il y avait des aspérités qui t’auraient blesséa, tes pauvres petits pieds ou tout au moins déchirés tes chaussettes. Il les rapportera demain matin. Si tu as quelque observation à lui faire faire tu me les diras tantôt. J’espère que ton fils n’est pas malade1 et que c’est ton travail seul qui te retient loin de moi ? Je ne peux pas m’empêcher de me tourmenter quand l’heure à laquelle j’ai coutume de te voir est passée. Je t’aime mon Victor, cet amour est si exclusif qu’il me semble impossible que tu restes loin de moi, même pour travailler. Aussi je m’inquiète sur cent mille sujets à la fois jusqu’au moment où je te revois, mon Victor.
5 h. ¾
Me voici en tête à tête avec ma vieille Joséphine. Hélas ! J’ai l’infamie d’avouer que j’aimerais mieux que ce fût avec vous et l’indélicatesse de le penser. Mon petit Toto chéri, je t’adore mais je ne te vois pas assez. Je trouve que tu n’y mets pas de bonne volonté et que tu saisis avec trop d’empressement toutes les occasions de t’enfuir comme un voleur que tu es. Taisez-vous, je ne vous crois pas.
Juliette
1 Charles Hugo se remet d’une indigestion.
a « blessés ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
