« 6 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 212-213], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7570, page consultée le 24 janvier 2026.
6 août [1836], samedi matin, 10 h.
Bonjour mon cher bien-aimé. Cette fois-ci vous êtes bien à Fourqueux1, et j’en suis bien
triste, parce que cela prouve que vous êtes loin de moi et que vous tarderez peut-être
encore longtemps à venir. Cependant je vous ai fait acheter un très bon déjeuner,
qui
pourra à la rigueur vous servir ce soir : un bouillon froid, du poisson froid, des
petits pois chauds, de la salade froide et des fraises idem.
Quanta au plat de mon Victor, je ne vous le
servirai que bouillant et il faudra que vous l’avaliez de
même.
Ma pendule s’étant arrêtée cette nuit, force m’a été de la remonter ce
matin, à une heure quelconque. J’attends tantôt les cardeuses2. Je vous attends aussi, mon cher petit
homme, tâchez que ce soit le moins longtemps possible. Sans cela attendez-vous à me
trouver métamorphosée en NEZ de carton.
Je
t’aime toi va je t’aime trop car je me calcine comme une vieilleb marmitec oubliée sur le feu qui s’attache au fond. J’ai eu un trop bon
lit pour moi toute seule, vous auriez bien dû en venir prendre votre part. Mais vous
ne savez rien faire à propos vous. VOUS ETES UNE BÊTE. Et moi aussi. Sur ce je vous
lèche toutes les pattes et je me couche à vos pieds.
Juliette
1 Cet été-là, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
2 Le 30 juillet, Juliette a donné la laine de deux matelas à refaire, se chargeant elle-même d’en réparer les toiles.
a « Quand ».
b « vielle ».
c « marmitte ».
« 6 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 214-215], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7570, page consultée le 24 janvier 2026.
6 août [1836], samedi soir, 6 h. ½
Mon Dieu est-ce que tu ne viendras pas ? Je commence à perdre courage et patience.
J’avais tant espéré que tu viendrais dîner avec moi que maintenant j’éprouve un grand
chagrin en pensant qu’il est bien tard et qu’il est peu probable que tu te sois mis
en
route par la grande pluie.
J’ai fini avec les cardeuses. Tout cela nous coûte
beaucoup d’argent, c’était cependant une dépense urgente.
J’ai le cœur triste
comme tu dois bien le penser. Pour un peu je pleurerais comme le temps. J’avais
cependant préparé un dîner comme vous les aimez. Tout cela va être perdu car il est
certain que de l’humeur dont je suis je n’en mangerai même pas le quart.
Il me
semble mon cher bien-aimé que vous auriez très bien pu venir aujourd’hui, étant allé
hier à FOURQUEUX1 et pouvant
motiver votre présence à Paris par vos affaires2. Mais vous ne
m’aimez pas assez pour user de toutes vos ressources, vous oubliez que je n’ai de
bonheur et de joie qu’avec vous, que pour ce bonheur-là je me suis isolée de tout
le
monde. Ce qui fait que vous absent, je suis tout à fait seule et délaissée. Je sais
bien que vous allez me dire que vous travaillez, mais vous pourriez aussi bien
travailler à Paris qu’à Fourqueux. Au reste si je n’ai pas le droit de vous faire
un
reproche à ce sujet j’ai celui de me faire tout le mal que je voudrai, et j’en use.
À quand vous voudrez mon cher bien-aimé. Je vous baise
en attendant.
J.
1 Cet été-là, Victor a loué une maison à Fourqueux, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi, pour sa famille et ses amis. Il fait des allers et retours fréquents depuis la Place royale.
2 Victor Hugo doit assister aux répétitions de l’opéra La Esmeralda, dont il a écrit le livret pour son amie Louise Bertin, à l’Opéra, rue Le Peletier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
