16 novembre 1842

« 16 novembre 1842 » [source : Collection particulière], transcr. Jean-Marc Gomis, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11535, page consultée le 08 août 2026.

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Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon toto chéri, bonjour mon pauvre amour adoré. Comment va ton rhume mon cher petit homme ? Je voudrais que tu aies déjà quitté ta perruque puisque tu le désires et que c’est une cause de rhume permanent pour toi. Je te conseille, puisque Mme Richi s’engage à t’arranger la tête en deux heures, d’y consentir au prix d’un sacrifice de quelques pièces cent sous parce que moi j’en aurai au moins pour une ou deux bonnes demi-journéesa et je crains de te [fatiguer ?] la tête et de te faire souffrir. J’ai plus de confiance en l’habileté de la susdite femelle qu’en la mienne et qu’à tout prendre si, comme je le crains cela doit te faire du mal, j’aime autant que ce soit une AUTE que MOI. Seulement, je te conseille, puisque tu es bien décidé à ôter ta perruque et à faire l’opération en question, de te dépêcher avant que les froids ne reprennent.

La cocotte ne décolère pas ; c’est tout à fait peine inutile que de s’obstiner à civiliser cette petite bête qui restera toujours farouche pour moi. J’aimerais mieux que Dédé en profitasse que de la garder à l’état sauvage et féroce. Ce serait plus raisonnable2.

Il fait toujours bien vilain à ce que dit la Suzanne, heureusement que tu as des bottes neuves et que tu n’auras pas d’humidité aux pieds mais je te conseille toujours de ne pas tant te couvrir parce que je suis sûre que c’est une des causes de ton rhume, la perruque à part. Je serai bien contente aussi le jour où tu ne prendras plus de drogue ; je me figure que cela doit te fatiguer l’estomac. Mon Dieu que je suis stupide ce matin encore plus qu’à l’ordinaire il me semble. Je ne trouve que des inepties et des billevesées à dire tandis que j’ai le cœur plein d’amour, de tendresse et de reconnaissance pour toi mon adoré et pour tout ce que tu as fait pour mon pauvre père. Je ne t’en aime pas plus parce que ça n’est pas possible mais je sens ta bonté jusqu’au fond du cœur. Merci mon adoré. Merci tu es ma vie, mon bonheur et ma joie.

Juliette.


Notes

1 Le calendrier perpétuel rendrait possible l’année 1836, mais la présence de Suzanne, domestique de Juliette embauchée en 1839, impose 1842.

2 Juliette finira par offrir sa perruche à Adèle, la fille cadette de Victor Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « demies journées ».


« 16 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 225-226], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11535, page consultée le 08 août 2026.

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Voici la nuit close et je ne vois pas beaucoup de Toto à la fois. Je ne sais pas s’il est aussi invisible à tout le monde qu’il l’est pour moi, j’en doute. Que deviens-tu, mon adoré ? J’ai dans la pensée que tu es au théâtre sinon pour la lecture1, au moins pour y faire acte de présence et pour y prendre pied. Je suis toute inquiète et toute malheureuse en pensant à cette nécessité. Je crains tout et j’ai bien d’autres craintes et les petites histoires que j’ai apprises tout à l’heure de cette affreuse boutique ne sont pas faites pour me rassurer. Peut-être les savais-tu déjà et ne me les as-tu pas dites, pour ne pas m’effrayer ? Je saurai cela tout à l’heure, car j’espère toujours te voir. Il n’y a que moi au monde pour ne pas perdre l’espérance et le courage depuis si longtemps que je les mets à toute sauce. Le Dabat est venu avec tes souliers et il reviendra lundi avec tes bottes. Quant au tapissier, je n’en entends pas parler. J’ai eu la mère Ledon, c’est elle qui m’a raconté les nouvelles en question. Tu verras si je dois voir tranquillement tes accointances avec le Théâtre Français et les toupies2 qui en font le plus bel ornement. J’ai le cœur plein de pressentiments tristes, mais Dieu sait si je suis femme à être indignement sacrifiée à n’importe quelle prison, eût-elle un diadème de carton ou de diamants fins. D’y penser seulement, j’ai la rage dans le cœur. Tu ne viens pas, tu travailles toujours, mais à ce compte là, mon ami, avec la fécondité abondante que tu as, tu devrais faire jouer dix pièces par an et publier vingt volumes. Il est probable que ce travail sans relâche cache quelque horrible trahison que je découvrirai un de ces jours. Hélas, j’en ai plus peur qu’envie et c’est avec cette crainte dans le cœur que je compte les minutes qui s’écoulent entre chacune de tes rares apparitionsa et l’autre. Je suis bien malheureuse et je ne souhaite pas ma vie à ma plus cruelle ennemie.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo a achevé l’écriture des Burgraves le 19 octobre. Il doit à présent en faire la lecture aux théâtres, ce qu’il fera au Comité de Lecture du Théâtre-Français le 23 novembre 1842.

2 Toupie : femme de mauvaise vie.

Notes manuscriptologiques

a « apparition ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.