26 janvier 1841

« 26 janvier 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 77-78], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7659, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour mon Toto chéri, bonjour, mon pauvre amour. J’espère que tu n’es pas malade ? Je désire que tu m’aimes et je t’attends de toutes mes forces. Je me suis couchée bien tard cette nuit, et j’ai éteint ma lampe à près de trois heures. Tu vois l’heure à laquelle je t’écris ? Ceci te prouveraa mieux que tout ce que je pourrais te dire que, quand je ne te vois pas à mes heures habituelles, je ne peux ni vivre ni dormir. Je t’aime, mon Toto bien-aimé, je t’aime comme je voudrais être aimée de toi s’il était en mon pouvoir de le faire. Quand donc te verrai-je, mon amour ? Le temps est bien triste et bien long pour moi depuis hier.
J’envoie acheter ta brosse à ongles et commander deux brosses en chiendent comme celle que nous avons usée. J’ai fait ta bourse en veloursb noir hier1. J’espérais t’en faire la surprise cette nuit ou ce matin mais vous n’êtes pas venu, méchant homme. Taisez-vous.
Je garde l’ouvrière2 pour raccommoderc mes vieux draps, mes vieilles chemises et mes zaillons puisque je l’ai. D’ailleurs, en fait de raccommodaged le plus tôte est encore le plus économique.
Je voudrais bien savoir ce que vous pensez de votre paletot3 ? Pour mon compte, je sais que vous étiez ravissant dedans et que je vous aurais croqué sans le [illis.].

Juliette


Notes

1 Voir la lettre de la veille.

2 Pauline.

3 Depuis le 20 janvier, Juliette s’est employée à nettoyer et faire doubler un paletot de velours de Victor Hugo, tâche dont elle s’accommode progressivement. Cependant, en 1841, les goûts vestimentaires du poète évoluent considérablement, au fur et à mesure qu’il fréquente le beau monde.

Notes manuscriptologiques

a « prouveras ».

b « velour ».

c « racommoder ».

d « racommodage ».

e « plutôt ».


« 26 janvier 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 79-80], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7659, page consultée le 26 janvier 2026.

Te dire combien je suis triste c’est te dire combien je t’aime, mon adoré. C’est comme cela qu’il faut que tu prennes mes doléances car c’est ainsi que je sens : plus je t’aime et plus je souffre de ton absence, plus je souffre et plus je t’aime. Je ne sors pas de ce cercle éminemmenta vicieux car il me semble que je pourrais ne pas t’aimer moins et être heureuse. Cela dépendrait de toi.
J’ai vomi mon déjeuner aussitôt que j’ai été levée. Je ne sais que manger, tout me dégoûte. J’ai commandé pour moi toute seule une tourte au godiveau1 !!!!!!b
Excusez, plus que ça de geulardise, merci. Il me semble, mon Toto, que votre enthousiasme pour votre paletot s’est bien refroidic depuis hier ? À quoi cela tient-il ? Vous m’avez parlé de vos entournures mais je crois que ce n’est pas là le vrai motif. Peut-être me le direz-vous ce soir mais dans tous les cas je crois que je le devine. Vous êtes une vieille bête et le dernier ou la dernière qui vous parle a toujours raison et il paraît que je suis toujours la première, ce qui explique pourquoi j’ai toujours tort. Taisez-vous et ne répliquez pas, vous n’avez pas la parole.
J’ai reçu une lettre de Claire tantôt, très gentille2.
Baisez-moi, méchant homme, et tâchez de ne pas me laisser toute la soirée sans vous voir. Je vous aime, mon Toto.

Juliette


Notes

1 Godiveau : « Hachis composé de viande, de graisse de rognons de bœuf et d’œufs, ou de poisson, et utilisé comme farce pour des quenelles ou pour la garniture d’un pâté chaud. » (TLF).

2 Claire écrit à sa mère tous les dix ou quinze jours environ. Dans sa lettre à sa mère du 26 janvier 1841, on peut lire : « J’ai vu ce bon Monsieur Pradier samedi et j’ai été bien contente, il m’a donné 5 s. Je fais une bourse plus grande que la dernière pour Monsieur Toto » (James Pradier, Correspondance, ouvrage cité, p. 214, [Siler]).

Notes manuscriptologiques

a « imminamment ».

b Les six points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.

c « refroidie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.

  • 7 janvierÉlection à l’Académie française.
  • 3 juinRéception à l’Académie française.
  • Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.