« 23 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 191-192], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3141, page consultée le 24 janvier 2026.
23 février [1839], samedi après-midi, 1 h. ½
Bonjour, mon petit homme. Je vous aime. Je ne sais vraiment plus quoi vous dire
après car la manière dont nous vivons entre nous esta si monotone et si aride qu’une fois que je vous ai dit mon amour je
vous ai tout dit et il ne me reste plus qu’à tourner mes pouces ; d’ailleurs, il ne
convient pas que ce soit toujours moi qui vous désire et toujours vous qui faisiez
la
sourde oreille. Je veux rentrer dans ma dignité et dans une indifférence, sinon aussi
réelle que la vôtre, du moins aussi apparente. Tâchez, en attendant, mon cher petit
homme, de ne pas attraperb de
refroidissement ni aucune indisposition car je deviendrais la plus folle et la plus
malheureuse des femmes, ce qui est assez inutile dans tout état de chose et de cœur.
J’ai toujours une épine dans le pied qui ne me sera retirée que lorsque
M. Boulanger aura fait sa copie et
qu’elle sera clouée à mon mur. Jusque-là je ne pourrai pas y penser sans sentir que
cela me fait mal. On voit bien que ce Monsieur n’aime personne puisqu’il ajourne si
lestement le bonheur des autres. Au reste, mon lot est d’attendre et l’original et
la
copie et ni l’un ni l’autre ne viennent, ce qui fait qu’il y a toujours bonheur absent
chez moi. Mais pour finir ma lettre comme je l’ai commencée, je t’aime, je t’aime,
je
t’aime et je t’aime. Si ce n’est pas du bonheur, c’est de l’amour le plus vrai.
Juliette
a « et ».
b « attrapper ».
« 23 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 193-194], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3141, page consultée le 24 janvier 2026.
Tu n’as rien à craindre de moi, qu’on vous dit, je ne suis pas capable de te tromper
en rien, mon adoré. N’es-tu mon cher bien-aimé et mon bon petit homme chéri ? Je
t’aime. Quand je pense à cette pauvre créature qui à cette heure-ci accomplissait
il y
a huit jours cet affreux acte de désespoir1, je me sens saisie de pitié et de regret pour cette
malheureuse femme si honnête et si bonne pour nous. Au reste, plus on voit les gens
à
qui elle avait à faire, à commencer par ses propres parentsa, [plus] on sent
combien cette pauvre femme était incomprise et combien elle a dû souffrir pour en
arriver à se suicider. Je t’aime mon Toto. Je t’aime. Je voudrais donner ma vie pour
toi, ce serait le plus beau jour de ma vie que celui que je te donnerais pour un seul
de tes sourires. Tu es mon bien-aimé.
J’ai Mlle Pauli qui me coiffe dans ce moment-ci avec des joies sans pareilles. La petite
scélérate me tire les cheveux d’une manière exorbitante. Je me vengerai sur vous
tantôt de mon martyre, c’est bien fait. D’ailleurs, j’ai bien des raisons de me venger
sur vous de l’amour immodéré de votre BONNE AMIE pour la COIFFURE. Oh ! là, là, oh !
là, là, oh ! là, là. Donnez-moi votre bec que je le baise de tout mon amour.
Juliette
1 Allusion au suicide de Mlle François.
a « parens ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
