« 8 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 133-134], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12249, page consultée le 03 mai 2026.
8 novembre [1845], samedi, midi
Je veux prendre un bain dans une heure, mon petit Toto, c’est pour cela
que je ne t’ai pas écrit ce matin parce que j’ai fait toutes mes petites
affaires pour pouvoir être propre comme un sou tantôt. J’ose espérer que vous voudrez bien en agréer la
dédicace.
Cher petit bien-aimé, mon petit homme chéri, mon
amour, mon cœur se fond de bonheur quand je pense à toi et quand je te
vois. Laisse-moi te le dire ici. Je te vois si peu que je n’ai pas le
temps de m’épancher et il m’arrive souvent que le trop-plein de mon cœur
le déborde et le noie. Si tu savais combien je t’aime, mon Victor
ravissant, tu serais le plus heureux des hommes. Je baise tes pieds, je
voudrais te manger. Mon ambition, mon rêve, le gros lot de ma vie serait de me dévouer pour toi et pour les tiens
jusqu’à la mort. Tu en es bien sûr, n’est-ce pas mon adoré ? Si je
pensais que tu ne le crois pas, je me tuerais tout de suite pour te le
prouver. Je te dis des folies et pourtant c’est bien vrai, je ne vis que
dans l’espoir de te servir un jour et donner ma vie pour toi. En
attendant, je t’aime à deux genoux. Tu as oublié ta petite brosse hier
et moi je n’ai pas pensé à te la faire emporter. Si tu veux, je t’en
ferai acheter une. Il vaut mieux que tu l’aies toute neuve en somme. Si
tu peux m’apporter tous tes caleçonsa, je te les ferai tous raccommoderb, ce qui ménagera
d’autant le neuf. Ce soir Claire te marquera tes chaussettes. Il est inutile de le
faire faire par Eulalie quand
Claire et moi pouvons le faire. C’est bien assez de l’occuper à des
choses que je ne sais pas faire. J’espère qu’en voilà des faire et des affaires pour peu de choses. Décidément je ne sais pas ASSEZ écrire et je devrais bien me taire
plutôtc que de
gribouiller de pareilles billevesées. Baise-moi et ne lis pas toutes ces
sottises, ça vaudra bien mieux pour toi et pour moi. Baise-moi
encore.
Mme Luthereau continue de me bouder. Je
lui écrirai encore une fois d’ici à quelques jours et si elle persiste
dans sa bouderie, je la laisserai. Après tout, je ne lui ai rien dit qui
pût la blesser. Seulement j’ai usé de mon droit en refusant une folle
proposition. Tant pis pour elle si elle se fâche. Je suis très décidée à
ne lui écrire qu’une fois encore. Ce sera même beaucoup pour une chose
dans laquelle je ne me reconnais aucun tort, quoi
que tu en disesd. Maintenant
baise-moi et aime-moi, je me fiche du reste et
de bien autre chose. Je vous dis que vous êtes mon Toto.
Juliette
a « tes calçons ».
b « racommoder ».
c « plus tôt ».
d « tu en dise ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
