13 novembre 1839

« 13 novembre 1839 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 64307], transcr. Gérard Pouchain annotée par Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10331, page consultée le 06 août 2026.

XML

Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré. Je vous aime quoique vous soyez resté un peu bien longtemps en SOIRADE hier. Je vous passe le tête-à-tête avec Villemain mais les nombres illimités de [Banas ?] [Banar ?] de toute espèce et de tout âge voilà ce qui est plus criminel et ce que j’ai peine à digérer. Du reste votre petit gilet esta très gentil et a l’air de très bien aller. Vous étiez comme un joli oiseau ravissant et qu’il ne serait pas facile de remettre dans l’œuf fût-il d’autruche ou de Villemain. Je vous défends de vous faire GRATTER quoi queb ce soit par une autre femelle que moi entendez-vous ? et je vous ordonne de m’aimer de toutes vos forces. Il fait un temps bien beau aujourd’hui quoique un peu froid ; vous devriez tâcher de me faire sortir car demain la mère Pierceau ne sera pas chez elle et je ne veux pas faire MA RENTRÉE chez elle un VENDREDI. Et vraiment voici déjà trois mortelles semaines que nous sommes revenus de notre beau voyage et je ne suis encore sortie qu’une fois le soir où nous sommes revenus du Théâtre-Français. Aussi je m’en aperçoisc à ma tête. Baisez-moi et faites-moi prendre l’air si vous pouvez. On vient de me dire qu’il n’y a plus de vin. Il faut que j’écrive au marchand de vin encore 15 F. pour cela. Ce mois-ci est rude. Tu ne te plains pas mon bon petit homme généreux, mais moi je me plains pour toi, je pousse d’affreux cris dans mon âme quand je pense de quelle manière tu gagnes tout l’argent que tu me donnes. Quand donc sera-ce à mon tour d’en gagner ? Je voudrais que ce fût tout de suite. Je t’aime je t’aime.

Juliette


Notes

1 Le 26 octobre 1839, ils sont rentrés d’un long voyage.

Notes manuscriptologiques

a « et ».

b « quoique ».

c « apperçois ».


« 13 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 47-48], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10331, page consultée le 06 août 2026.

XML

Vous ne me faites pas beaucoup sortir, mon adoré, c’est une justice à vous rendre. Demain sans doute vous aurez l’espièglerie de me proposer d’aller chez la mère Pierceau, mais je vous préviens que je n’en serai pas la DUPE attendu que vous êtes suffisamment prévenu que c’est son jour de sortie chez la mère Triger. Vous êtes une bête, baisez-moi. J’ai gardé mes brodequins jusqu’à présent ils ne m’ont pas fait de mal, mais il est vrai de dire que je n’ai pas bougé de place et que j’avais très froid aux pieds. Je renouvellerai l’expérience demain et les jours suivants et, pour peu qu’ils me blessenta le moins du monde, je les rendrai au cordonnier. Je n’ai pas reçu de réponse de MmeKrafft, j’espère qu’elle consentira à attendre jusqu’à l’époque indiquée car s’il nous fallait trouverb cet argent-là tout de suite, je ne sais pas trop comment nous ferions et je trouverais plus court de renoncer au manchon avec ça que pour fin FINALE de mes affiquets d’hiver j’ai encore mes deux chapeaux chez Gérard. Par exemple, je me pends derrière ma porte s’il m’arrive de m’acheter quoique ce soit pour ma toilette d’ici à six mois. J’en suis toute effrayéec et cependant je ne me suis pas achetéd quoi que ce soit d’indispensable excepté le MANCHON. Toujours est-il que ce sont tes pauvres yeux qui font les frais de tout ça et que je vais apporter la plus sévère économie dans tout mon intérieur. C’est bien le moins, mon pauvre adoré. Reviens bien vite, mon Toto, que je baise ta chère petite bouche jusqu’au fin fond. Vous ne m’avez pas apporté le Vert-vert1, il [y] a deux jours qu’il a encore manqué. J’espère que ce n’est pas avec intention et que tu ne me caches rien, n’est-ce pas mon Toto chéri ? Moi non plus je ne te cache rien et je te suis bien fidèle.

Juliette


Notes

1 Quotidien des spectacles fondé en 1832 par Anténor Joly.

Notes manuscriptologiques

a « qu’il me blesse ».

b « trouvé ».

c « effrayé ».

d « acheter ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.