« 14 mars 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 74], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12822, page consultée le 05 août 2026.
Paris, 14 mars 1880, dimanche matin, 8 h.
Cher bien-aimé, j’espère que ta nuit n’a pas été trop mauvaise malgré les quelques
accès de toux que j’ai entendus à plusieurs reprises. En attendant que tu me dises
toi-même ce que tu
penses de ta nuit, je veux croire qu’elle n’a pas été trop mauvaise pour en faire
la joie de ma matinée. Ce n’est que demain que le coiffeur pourra te couper la barbe
et les cheveux, car
aujourd’hui il enterre sa femme. Moi-même, je ne pourrai pas être coiffée avant ce
soir. Le bonhomme du reste n’en paraît pas être autrement affecté, il a peut-être
des raisons pour
cela. Cela n’empêche pas le soleil de rougeoier, et la terre de poudroier, et les
arbres de verdoyer1 car il fait un temps exquis encore ce matin.
Mme Pencquer t’envoie un morceau de brochure de vers à toi adressés à l’occasion de ton dix-huitième
anniversaire2, avec une lettre incandescente qui t’obligera à lui répondre tout de suite.
M. et Mme Lockroy ne déjeunent pas ici ce matin mais ils dîneront ce soir. Les enfants3 et la gouvernante déjeuneront. Tu serais bien gentil de leur faire la surprise de
déjeuner avec eux ce matin. Mais pour cela,
il faut te lever avant midi. C’est ce que tu ne feras pas probablement, je le crains.
C’est aujourd’hui jour d’argent de bougie et d’huile à lampe. Tâche de ne pas l’oublier
pour
m’épargner l’ennui de te le redemander à nouveau, car rien n’est plus maussade pour
moi qui voudrais n’avoir qu’à t’aimer.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Juliette détourne les paroles de sœur Anne dans La Barbe-Bleue (1697), conte de Charles Perrault : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. ».
2 Le 26 février dernier, c’était le soixante-dix-huitième anniversaire de Victor Hugo. L’erreur de Juliette est-elle volontaire, par plaisanterie ?
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
