« 23 janvier 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 37-38], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8472, page consultée le 26 janvier 2026.
Bruxelles, 23 janvier 1852, vendredi après-midi, 3 h.
Je sais que tu as enfin un petit logis à peu près suffisant, mon bon petit homme,
puisque la chose la plus essentielle pour toi est la belle vue. Il est impossible,
à
ce qu’il paraît, d’en avoir une plus en face de l’Hôtel de Ville et le logis lui-même
est, toujours d’après ce brave M. Luthereau,
assez propre et assez confortable toute comparaison gardée avec ta grande salle des
pas perdus. On dit même que les femmes qui louent ce logis rendront le service de
Suzanne parfaitement inutile. Pour peu que
les soins de votre ménage s’étendent un peu plus loin, il est probable que je serai
moi-même supplantée par ces femelles obligeantes et désintéressées. En attendant,
je
continuerai de me croire attachée à votre maison jusqu’au 1er février si vous le permettez.
Je vous prierai d’ici là de me dire
quelle est la belle inconnue à qui vous avez donné audience tout à l’heure. Si je
m’en
rapportais au signalement donné par Suzanne votre vertu ne courraita aucun danger dans ce tête-à-tête
impromptu. Mais, de même qu’elle a donné [30 ans ?] à Mlle Luthereau, il
est probable qu’elle voit en vieux et en laid quelque ravissante péronnelle du plus
bas âge. Je compte sur votre sincérité accoutumée pour satisfaire ma curiosité assez
vivement excitée par votre visite inattendueb. Chaque jour amène sa chacune.De
cette façon vous n’êtes jamais au dépourvu de cocottes.
C’est agréable et doux à
votre exil mais c’est TRÈS amer à mon cœur.
J’espérais que le changement d’air
aurait amené un changement dans vos habitudes de sultan [illis.] mais je vois qu’il n’y
a ni lieu, ni température, ni mœurs, ni expulsion qui puisse vous faire renoncer à
ce
luxe oriental. Au fait puisque cela vous rend heureux vous seriez bien dupe de vous
en
passer. Allez, cher seigneur, prenez des femmes bleues, jaunes, vertes, rouges,
noires, blanches et tâchez de ne pas mourir à la peine car il en est du bonheur comme
de la vertu PAS TROP N’EN FAUT. Et puis baisez-moi par-dessus le marché puisque j’ai
le courage de vous sourire malgré tous vos crimes.
Juliette
a « courerait ».
b « inatendue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
