16 novembre 1855

« 16 novembre 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 352-353], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7194, page consultée le 24 janvier 2026.

Je viens de laisser partir les Préveraud, les Ratier, et les Vallerotb, mon cher petit homme, dans l’espoir que tu viendras peut-être bientôt et que nous pourrons faire ensemble une bonne petite promenade sans aucune espèce de fâcheux. Il paraît que le dîner et la soirée d’hier ont été charmants à ce que m’a dit Mme Préveraud qui est encore sous le charme de la cuisine d’Olive1 et de la bonne grâce de tes femmes2. Du reste, l’arrivée des vieux messieurs Ratier et Vallerotc, y compris huit colis, occupe et affaire tout ce petit ménage aujourd’hui. Quant à moi, je t’aime immuablement et stationnairement ; tous les incidents et même les événements de ce monde ne sauraient me distraire de cette douce occupation, t’aimer, t’aimer, t’aimer.
J’ai écrit les deux lettres Dulac et Larrieu3 mais je crains que l’arrivée de ces messieurs ne me force à en modifier au moins une à cause de la date. Tu verras toi-même si c’est nécessaire.
Je pense que tu feras peut-être la fameuse promenade projetée daujourd’hui. Dans ce cas-là je ne te verrais pas avant ce soir, c’est bien long et bien triste. Cependant, mon cher petit homme, je te promets d’être bien patiente et bien courageuse en t’attendant. De ton côté, il faudra que tu me rendes tous mes jours de perdus et que tu me fassese un rabibochage monstre de dîners et de promenades. A cette condition, je me résigne à rester au coin de mon feu comme un [OU ?] et je consens à vous sourire comme un chien. Je vais profiter de l’absence de ma SOCIÉTÉ pour raccommoder mes jupes. A propos il paraît que Philippe Asplet a donné un énorme coup de poing entre les deux yeux du hideux Lemoinnef4 et que l’affaire va aller en cour. Ratier te racontera la chose en détail. Quant à moi, je ne demande que plaie et bosse pour tous ceux qui nous ennuient. Telg est mon angélisme. Sur ce, je t’administre une volée de baisers sur tout ton cher petit corps au risque de le meurtrir et de lui faire des noirs, des bleus et des rouges et de toutes les couleurs.

Juliette


Notes

1 Cuisinière de la famille Hugo à Guernesey.

2 Les Adèles et Auguste Vacquerie arrivent sur l’île le 9 novembre.

3 Mme Larrieu a peut-être écrit pour envoyer de l’argent à la caisse de secours. Dans son agenda, Victor Hugo note « 25 F. de Mme Larrieu » (CFL, t. X, p. 1387).

4 Le proscrit Lemoinne est suspecté d’espionnage et d’avoir des rapports avec le consulat français. (CFL, t. VIII, p. 1518.)

Notes manuscriptologiques

a La date a été corrigée d’une autre main, initialement datée du 15.

b « Valereau ».

c « Valereau ».

d « projettée ».

e « fasse ».

f « Lemoine ».

g « telle ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.