16 novembre 1852

« 16 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 167-168], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8755, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon trop aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour. Je vous souris, dormez. J’ai prié hier le propriétaire1 de m’acheter une lanterne. Il doit savoir où cela se vend mieux que moi quoiqu’il n’ait pas l’air très ferré sur rien. Ce soir, ou au plus tard demain, nous en aurons une, ce qui ne sera pas une raison pour prendre des vessies pour des lanternes et Napoléon-le-Petit pour un grand homme. J’ai lu hier en rentrant les vers que vous m’avez laissés pour copier. J’avoue que je les ai trouvés FAIBLES et pâles auprès des miens2. Je sais que dans une île on n’a pas le droit d’être exigeant, aussi je vous passe ceux-ci. Mais n’y revenez pas et méfiez-vous de la pauvre Juju qui vous fera une affreuse concurrence. En attendant, je consens à vous admirer comme si de rien n’était et à proclamer tout haut que vous n’avez rien fait de plus beau, de plus terrible, de plus puissant et de plus sublime que tout ce que j’ai lu hier au soir de vous. Ma conscience se prête très bien à ce genre d’adulation. Je dirai même qu’elle m’y oblige, la scélérate et qu’elle crie à chaque mot, à chaque vers, à chaque strophe : beau et admirable ! Sublime ! Moi je le répète en y ajoutant de mon propre chef : mon Toto, je t’aime, mon Toto je te vénère, mon Toto je t’adore. Maintenant mon cher petit homme, je me permets de vous baiser tout de long comme un simple homme de chair et d’os pendant que vous avez encore la tête sous l’aile.

Juliette


Notes

1 Propriétaire de l’auberge Green Pigeon au premier étage de laquelle Juliette loge dans un petit appartement.

2 Jugement évidemment ironique. Hugo a écrit l’avant-veille « Sacer esto » qui sera inséré dans Châtiments. Les jours antérieurs, il a composé presque quotidiennement un poème pour ce recueil qui paraîtra l’année suivante.


« 16 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 169-170], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8755, page consultée le 25 janvier 2026.

Il n’est pas probable que tu te décides à faire aucune excursion aujourd’hui, mon bon petit homme, à cause de la très certitude du mauvais temps. Aussi, j’espère te voir de bonne heure. Cette pensée, outre le désir de copier le plus vite possible tes admirables et foudroyants vers, me fait dépêcher de toutes mes forces dans ce que j’ai à faire dans mon petit intérieur de Juju. Je voudrais tâcher que tu n’interrompes pas ma pauvre petite besogne et j’espère y parvenir à force d’activité et d’exactitude.
Mon Victor bien-aimé je t’envoie mon amour tout d’une pièce, n’ayant pas l’habileté de le façonner d’aucune manière. Fais-en ce que tu voudras et pourras de meilleur, à ton goût. Quant à moi, je continue de t’aimer devant moi tout naturellement comme la plante pousse et l’oiseau vole au soleil. Tu es mon soleil. Je t’aime avec toute la sève de mon cœur et mon âme s’en va vers toi à tire d’ailes. Tout cela serait mieux exprimé par un baiser que par le bec de ma plume. Mais je n’ai pas le choix et je me sers tant bien que mal de l’outil que j’ai sous la main en attendant mieux, c’est à dire en vous attendant.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.