« 11 septembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 309-310], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8635, page consultée le 24 janvier 2026.
Jersey, 11 septembre 1852, samedi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher petit homme, bonjour, soyez bien heureux car le soleil est sur l’horizon et mon cœur rayonne de toutes les plus douces espérances. Je voudrais qu’il vous fût possible de me faire sortir aujourd’hui mais si cela ne se peut pas je m’en contenterais tout de même. Cher petit homme, je viens de vous voir, mais pas assez pour que cela me compte pour une fois. Quant à aller vous attendre sur les grandes routes, permettez-moi de préférer vous attendre chez moi, cela me sera moins désagréable et je pourrai peut-être trouver le temps moins long en l’utilisant à raccommoder mes chausses. Courir la campagne avec vous, c’est la santé, la joie et le bonheur. Vaguer au hasard toute seule, c’est la fatigue, la tristesse et l’ennui. Je préfère comme la carpe vous attendre chez moi : c’est bizarre, mais c’est ainsi, on n’est pas parfait. Si j’osais je vous dévoilerais bien d’autres horreurs. Par exemple le désir de faire avec vous lundi prochain le tour de l’île. Je pousserai la précaution d’avance jusqu’à me pantalonner des pieds à la tête. Nous verrons si de votre côté vous pousserez l’empressement à tenir votre promesse en venant me chercher par le premier omnibus. Je ne veux pas dire que j’en doute pour ne pas prêter le collet aux empêchements qui sauront bien se montrer sans cela. D’ici là, mon bien-aimé petit homme, il y a encore deux grands jours sur lesquels je voudrais bien grignotera quelques bonnes heures à vos dépensb : cela se pourra-t-il ? Vous n’êtes pas embarrasséc pour dire : oui. Nous verrons bientôt quelled foi il faut ajouter à ces trois voyelles assemblées. En attendant, je souris à toutes ces espérances et je vous aime comme si j’étais déjà la plus heureuse des Juju.
a « grignotter »
b « dépends ».
c « dépends ».
d « grignotter »
« 11 septembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 311-312], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8635, page consultée le 24 janvier 2026.
Jersey, 11 septembre 1852, samedi, midi ¾
Je regrette presque maintenant de ne t’avoir pas obéi parce que cela t’aurait peut-être fait venir plus tôt, me sachant hors de chez moi. Je ne suis occupée dès que je te perds de vue qu’au moyen de te revoir. Jusqu’à présent mes recherches ne m’ont pas encore beaucoup servi et pourtant Dieu sait si je te désire et si je t’aime vraiment. Les jours de soleil devraient être francs d’importuns et d’affaires et rester tout entiers aux pauvres êtres qui s’aiment comme je suis sûre de t’aimer. Celui-ci aurait dû nous appartenir depuis son premier rayon jusqu’à son dernier. Aussi je me plains à Dieu de cette injustice, du sort qui nous sépare quand il ferait si bon vivre l’un auprès de l’autre. Ne va pas croire pourtant, mon cher petit Toto, que je suis grognon et méchante, bien loin de là. Je ne suis que triste. Mais d’une tristesse douce et résignée qui me permet de t’attendre sans découragement. Quand tu viendras, quelle que soit l’heure, je te sourirai de mon sourire le plus joyeux et le plus reconnaissant. En attendant il faut que tu me laisses être triste à ma façon ; c’est ma seule manière d’être heureuse loin de toi. Je viens d’avoir une émotion de fausse joie. Je croyais t’avoir aperçu dans les rochers en face de ma maison, mais je m’étais trompée. Cela ne m’arrive pas souvent car à défaut de la longueur de vue j’ai l’instinct de mon cœur qui me fait rarement défaut. Pour cette fois yeux et cœur ont mal vu et j’en suis pour ma pauvre joie rentrée. Dieu fasse que ce ne soit pas pour toute la journée. Je me veux faire l’illusion contraire et c’est pour cela que je me dépêche de terminer ce gribouillis dans l’espoir que tu arriveras juste pour le dernier paragraphea.
Juju
Ça doit être çàb.
a « pataraphe ».
b Phrase placée en marge du folio 311. « Juju » est suivi d’un embrouillamini de cercles.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
