« 11 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 15-16], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8692, page consultée le 23 janvier 2026.
Bruxelles, 11 mai 1852, mardi matin, 8 h.
Bonjour, toi, bonjour, vous, bonjour, monsieur que j’aime, bonjour Toto que j’adore, bonjour. Demain à pareille heure vous courreza déjà sur les grands chemins pendant que je resterai à voir tourner mon ombre sur mes pieds en vous attendant aussi1. Si je m’en croyais [illis.] j’irais moi aussi, courir la prétentaine2 sur vos talons, au risque de vous embêter beaucoup. Mais je ne le ferai pas. Je suis une pauvre Juju trop bien dressée pour me permettre de quitter ma niche sans votre consentement. Je resterai donc au logis, trop heureuse si vous venez assez à temps pour que je vous vois avant le dîner. Mon ambition ne va même pas jusqu’à prétendre au sacrifice de Deschanel3. Et cependant après-demain, jeudi, si Dumas est de retour, vous m’abandonnerez encore toute la soirée sous prétexte de dîner chez lui. Mon petit homme, je ne vous le reproche pas, mais cela fera trois jours sur quatre que vous m’aurez plantée là pour reverdir, pendant que vous allez vous ragaillardir ailleurs, mon Victor bien-aimé. Je suis égoïste parce que je t’aime trop, mais au fond je sais que tu as besoin de distraction et je suis heureuse, ou du moins j’y fais tous mes efforts pour que tu en prennes. Ne tiens pas compte de ma grognerie extérieure puisque la voix intérieure te donne raison et qu’elle te supplie de faire ta vie la plus agréable possible. Pourvu que tu m’aimes et que tu n’aimes que moi, je suis heureuse, bien heureuse mon doux adoré.
Juliette
1 Le 12 mai 1852 Victor Hugo, Charles et Van Hasselt font une excursion à Hal.
2 Courir la prétentaine : faire sans cesse des escapades ; spécialement avoir de nombreuses aventures galantes.
3 Hugo suivait les cours de Deschanel sur les écrivains français.
a « courrerez »
« 11 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 17-18], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8692, page consultée le 23 janvier 2026.
Bruxelles, 11 mai 1852, mardi après-midi.
Si ta pensée et ton âme sont tournées vers moi dans ce moment-ci, mon bien aimé, tu dois voir que les miennes sont occupées à te bénir, à te caresser et à t’adorer. Rien ne peut me distraire de cette douce occupation qui est ma vie même. Je crains que le temps ne se gâte pour demain. Ce serait vraiment très malheureux pour votre petite excursion et j’en serais pour ma part plus contrariée pour vous autres, mes pauvres doux bien aimés, que vous-mêmes1. Cependant j’espère que toutes ces bouderies atmosphériques se résoudront en beau et riant soleil demain. Si de le désirer de toutes ses forces et de tout son cœur peut avoir de l’influence sur le baromètre, vous êtes sûr qu’il sera au beau fixe pendant tout le temps de votre promenade. D’ici là tu serais bien gentil de venir travailler près de moi. Je ne te demande pas à sortir pour te laisser toutes tes jambes et toutes tes forces pour demain. Mais je te supplie de me donner le bonheur de vivre près de toi le plus près possible au moins tout le reste de cette journée. En attendant, je vais me mettre au TRAVAIL tout de suite pour que tu puisses m’en donner du nouveau pour demain2. Pour ne pas perdre de temps je ne m’habillerais pas. C’est si doux et si charmant de TRAVAILLER pour vous que je ne connais pas de plaisir en dehors de vous qui puisse se comparer. Baisez-moi, mon petit homme, et venez bien vite car je vous attends de toute mon âme.
Juliette
1 Le 12 mai 1852 Victor Hugo, Charles et Van Hasselt font une excursion à Hal.
2 Juliette recopie les manuscrits de Victor Hugo, travail qu’elle apprécie tout particulièrement. À cette date Victor Hugo n’a pas encore abandonné la rédaction de ce qui deviendra Histoire d’un crime.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
