13 octobre 1850

« 13 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8464], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12658, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon doux adoré. J’attends les fumistes ce matin et pour ne pas te gêner, je leur ferai commencer par ton ATELIER pour pouvoir serrer tous tes gribouillis sans danger1. Je finis de faire sécher au soleil ton terrible champignon qui fait frémir rien qu’en le regardant. Je ne sais pas quel mythe tu attacheras à ce fameux cryptogame, mais pour mon compte je le trouve hideusement beau et admirablement effrayant. Tel qu’il est, ce champignon peut très bien se passer de SAUCE. Il est si bien réussi et si bien accommodéa du premier coup que tout le monde le goûtera à première vue et sera empoisoné de confiance par les yeux tant il est vénéneux et vrai. Toutes ces choses me sont inspirées par la vue de ce monstre qui se prélasse au soleil sans se douter de l’horreur qu’il inspire. Je ne conseille pas à ton coq de se nourrirb d’un morceau de cet affreux champignon2. Pauvre bête, il y aurait de quoi lui donner la colique malgré sa belle humeur et son chant victorieux. À ce sujet, je te dirai que je l’ai serré mieux que tu ne l’avais fait dans la pensée sans doute de l’emporter chez toi. Je l’ai mis à plat sur tes papiers blancs avec tes albums par-dessus de manière à n’avoir aucun faux plic. Voilà, mon petit homme, la sollicitude que j’ai pour vos cocottes MÂLES. Quant aux femelles, je ne leur conseille pas de s’y fier. En attendant, je vous baise et je couve une admiration sans borne pour vos divers talents.

Juliette


Notes

1 Depuis le mois d’août 1850, Victor Hugo s’est installé un atelier de peinture dans la salle à manger de Juliette Drouet. Alternant la peinture à l’huile et l’encre, il réalise une quinzaine de tableaux illustrant la vue de Paris ou de grandes architectures issues de son imagination.

2 Le dessin du champignon est reproduit dans l’ouvrage de Gérard Audinet p. 127. Le coq se trouve p. 123.

Notes manuscriptologiques

a « accomodé ».

b  « nourir ».

c « plis ».


« 13 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8465], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12658, page consultée le 26 janvier 2026.

Je suis furieuse, mon petit homme, parce que ces gredins de fumistes ne viennent pas et que je crains qu’ils ne viennent pendant que tu seras là aujourd’hui ou pendant que je n’y serai pas demain. Ces deux alternatives me contrarient également et je suis très vexée de ne pouvoir pas forcera ces animaux à venir au moment opportun. En attendant, je bisque, je rage et je donne aux diables tous les ramoneurs de la cité.
Hier, j’ai eu la visite de M. Jourdain, que j’ai invité à dîner aussi pour demain. Pour rendre la chose encore plus drôle, je viens d’écrire à Auguste1 pour l’inviter aussi pour demain, total, cinq hommes pour une seule femme. Ça n’est pas mal, il me semble, pour une faible Juju ? Voilà comme je suis. Et si vous dites un mot, j’invite Lacombe pour faire le sixième. Ah ! Mais c’est que j’en suis fort capable, quand on prend du jeune homme on n’en saurait trop prendre. Voici une lettre de Mme [illis.], la péronnelle en question, qui me mande qu’elle aurait le désir d’envoyer de ses parents au spectacle un des jours de la semaine prochaine. Justement, je verrai mon marquis aujourd’hui et je saurai tout de suite si je peux compter qu’il acquitterab ma promesse. D’autre part, voici en même temps mes gueux de fumistes à moitié ivres. Je les fais commencer tout de suite par la salle à manger pour que tu sois plus vite débarrassé de leur poussière. Baise-moi, mon adoré et plains-moi de tous mes arias.

Juliette


Notes

1 Auguste Pierceau.

Notes manuscriptologiques

a « forcé ».

b « accquittera ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.