« 3 septembre 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 249-250], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12631, page consultée le 24 janvier 2026.
3 septembre [1850], mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon tout doux bien-aimé, bonjour, mon Victor, bonjour comment vas-tu aujourd’hui ? Je vois avec plaisir pour toi que la journée sera belle et que tu pourras à ton aise faire ton lézard au soleil et dans les bois. Si j’osais laisser percer mon égoïsme, je te dirais que ce n’est pas sans de vifs regrets que je te vois partir sans moi. Mais je veux être généreuse, au moins en apparence, et te souhaiter toutes sortes de plaisirs……..honnêtes pendant toute cette longue journée. Quant à moi je donnerai cette journée à mes pauvres malades et j’irai probablement à Saint-Mandé1. Il n’aurait tenu qu’à moi d’aller dîner chez Mme Obert*2 mais je ne connais pas assez cette dame pour accepter si familièrement un contrecoup d’invitation. Hier je me suis trouvée dans la loge de Montferrier avec M. et Mme [Cesena ?]. Personnages tout à fait insignifiants, n’était le sourire stéréotypé sur les lèvres du mari, ce qui se traduira par le besoin de montrer d’assez belles dents ou de cacher d’assez vilaines pensées. Nous sommes sortis à minuit un quart de cette représentation à laquelle assistait toute l’ambassade du [Népal ?] et le président de la République, les Montferrier se dirigeant en voiture à leur campagne3 et moi acceptant la formidable protection du myrmidonaLacombe. Du reste j’avais failli être écrasée entre deux portes en entrant par la foule qui s’y pressait. Voilà, mon amour bien aimé, les incidents peu vifs et aussi peu variés de ma soirée d’hier. Somme toute j’aime mieux un quart d’heure d’atelier [avec ?] vous4.
Juliette
1 Claire Pradier, fille de Juliette Drouet et de James Pradier, est enterrée au cimetière de Saint-Mandé.
2 S’agit-il de l’épouse de P. Obert, juge de paix révoqué en 1848, qui a sollicité Victor Hugo afin de collaborer à L’Événement ?
3 À Sablonville, quartier de Neuilly.
4 Hugo vient peindre dans sa salle à manger, qui lui sert d’atelier.
a « mirmidon ».
« 3 septembre 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 251-252], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12631, page consultée le 24 janvier 2026.
3 septembre [1850], mardi matin, 8 h. ½
Je t’écris coup sur coup, mon cher petit homme, avec la superstitieuse pensée de remplacer le crapaud séché sur ton cœur par ces deux informes gribouillis que je te donnerai si, comme je l’espère et comme je t’en supplie, tu viens me voir avant de partir. Il me semble que tant d’épaisseur, de stupidité et d’ineptie doublée et redoublée d’amour doit être une bonne cuirasse contre les traits acérés des Chaumontelles de village et de ville qui ne manqueront pas de prendre votre cœur pour une cible sans se douter que derrière l’Abdel Kader du romantisme il y a la mère Angot1 de l’amour, absolument comme on les voit représentésa en figures naturelles auxb Champs-Elysées et les jours de foire carillonnée. En attendant, mon cher petit homme, je vous prie de ne pas oublier les soins à donner à votre chère santé, de vous gargariser2, de ne pas aller à l’humidité et de ne pas rester au serein même avec les plus jolies serines de l’endroit, de revenir de bonne heure et de ne pas oublier votre pauvre vieille Juju dont vous êtes l’âme. Sur ce, mon amour, joie, plaisir et bonheur à vous toute la journée et toujours. Moi je vous aime, c’est mon lot.
Juliette
1 Type populaire de parvenue sous la Révolution française, Mme Angot est l’héroïne d’une série de pièces de à la fin du XVIIIe siècle.
2 Prendre un gargarisme. Victor Hugo emploie ce remède pour soulager ses maux de gorge chroniques.
a « représenter ».
b « au ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
